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La phobie sociale
29/01/2012 16:44:52
 
 La phobie sociale

La phobie sociale, ou encore l’anxiété sociale est un trouble psychologique que l’on peut caractériser comme étant « la peur des autres » ou encore comme  une timidité extrême. C’est un trouble très pénible à vivre, car il nous empêche d’exprimer librement qui nous sommes en société et il provoque en nous un état de tension permanent.

Je vais décrire dans ce texte les caractéristiques de ce trouble, puis je donnerai mon avis quant aux processus internes et externes qu’il implique. J’évoquerai aussi les éventuelles causes qui en seraient à l’origine. Finalement je donnerai quelques pistes pour le traitement de l’anxiété sociale.

Définition

La phobie sociale ou anxiété sociale se définit comme une peur persistante de diverses situations sociales ou nous sommes sujet au regard des autres. C’est le trouble par excellence de « la peur du regard des autres ».  L’anxieux choisit d’éviter les situations génératrices de son malaise ce qui va, avec le temps, considérablement réduire sa liberté.

Les situations qui provoquent la peur et l’évitement

Ces situations sont dites « sociales », car elles impliquent toujours la présence d’autres personnes : en effet un anxieux social n’a pas peur lorsqu’il est seul chez lui .

Voici quelques situations habituellement génératrices d’anxiété:

- parler en public
- manger devant d’autres personnes
- boire un café seul dans un Tea-room, sur une terrasse ou dans un bistrot.
- manger seul dans une cafétéria
- exprimer son opinion en groupe
- être observé lorsque l’on travail
- téléphoner en public
- téléphoner pour demander des informations
- demander des renseignements dans un magasin, dans la rue ou  au restaurant
- avoir peur de rougir devant les gens, appelé « éreutophobie »
- avoir peur de trembler en public
- aller seul au cinéma, à un concert, au théatre ou même se promener.


Les symptômes physiques de l’anxiété

Ces symptômes peuvent aller jusqu’à l’attaque de panique que j’ai décrite dans le texte sur l’
agoraphobie. Mais cela est assez rare et la plupart du temps l’anxiété est de très forte intensité sans pour autant atteindre son paroxysme.

Voici les symptômes physiques fréquemments décris :

- « la tête vide » : nous ne savons pas quoi dire, ni quoi répondre, comme si notre tête est vide.
- impression d’être paralysé
- les mains sont moites due à la transpiration. Ce symptôme est très classique et il est fréquent de pouvoir poser le diagnostique d’anxiété sociale rien qu’en serrant la main de quelqu’un – je dis cela avec une note d’humour, mais cela reste néanmoins passablement vrai.
- rougissement
- tremblement
- souffle coupé et difficultés respiratoires
- le cœur bat vite, appelé « tachycardie »
- difficulté de regarder les gens dans les yeux
- évitement et fuite de situations sociales
- tensions musculaires  

Les symptômes mentaux : les pensées


Les pensées types dans l’anxiété sociale sont les suivantes :

- ils vont penser que je ne suis pas assez beau/belle, intelligent(e), intéressant(e)
- ils vont voir que je suis mal à l’aise
- tout le monde me regarde
- je suis nul, je ne suis pas à la hauteur

Les symptômes émotionnels

L’émotion dominante chez l’anxieux social est bien entendu la peur. Cette peur se projette sur tout les temps possible :

1) le futur : grâce à la pensée qui prévoit les situations futurs, l’anxieux imagine la situation pénible qu’il va devoir affronter le lendemain et son sommeil en sera troublé.
2) le présent : en situation, l’anxieux ressent une forte anxiété qui peut aller jusqu’à l’attaque de panique.
3) le passé : l’anxieux social passe en revue dans sa tête les événements et les discussions de la journée tout en se demandant s’il a bien agi et dit les bonnes paroles. La réponse qu’il apporte à cette question est bien entendu négative: « Tu aurais du faire ceci, tu aurais du dire cela».
Nous pouvons donc dire, avec humour, que dans l’anxiété sociale la peur est éternelle : elle concerne le passé, le présent et le futur.

Honte, culpabilité, perfectionnisme et  sentiment d’infériorité dans l’anxiété sociale

Le monde intérieur de l’anxieux social est fait d’une grande tension, de jugements sur soi constamment négatif, d’une hypervigilance envers les autres dans le but de scruter leurs éventuels jugements négatifs et de sentiments de culpabilité et de honte.
La honte et la culpabilité ne sont pas à proprement parlé considéré par les psychologues comme des émotions, mais plutôt comme des sentiments. Mais cette distinction est peu importante pour notre sujet. Ce qui l’est par contre est la grande proximité de ces deux sentiments. La culpabilité, que nous connaissons tous, est l’impression désagréable que nous avons fait quelque chose de faux ou de mal. Elle est un sentiment important, car son rôle semble être de nous indiquer le chemin de l’harmonie avec les autres et nous-mêmes : lorsque nous faisons du mal aux autres ou à nous-même, elle nous indique, par une impression désagréable, qu’il nous faut changer le cours de notre action. Elle est suivie généralement d’un sentiment d’inadéquation et par l’impression d’être nul. Dans le cas d’une personnalité harmonieuse, ce sentiment ne dure pas : l’individu prend note de son erreur, puis il s’efforce de ne pas la reproduire . Le sentiment de non valeur est alors passagé. Par contre, dans le cas d’une personne souffrant d’une mauvaise estime de soi, la « faute » ou l’erreur vient nourrir le sentiment d’infériorité déjà présent sous forme latente et agit comme une confirmation de la non valeur de la personne : « je suis nul et en voilà la preuve ».
La honte, quant à elle, est le versant social de la culpabilité, c’est-à-dire qu’il s’agit d’une sorte de crainte que l’autre voit que nous avons fait quelque chose de faux ou de mal. L’autre viendrait alors à penser que nous sommes nul et donc inférieur. Je considère donc la honte comme une projection sociale du sentiment de culpabilité. L’anxieux social est fortement sujet à la honte et il fait tout les efforts possibles pour l’éviter.
Mais il y a un « mais ». En effet, il semblerait que pour beaucoup d’entre-nous il y’ait une distorsion dans le système interne qui traite la culpabilité et la honte : nous nous sentons coupable pour des paroles, des actes ou des émotions pour lesquels nous n’avons pas à l’être. Et cela est dû à l’existence en chacun de nous d’un sentiment d’infériorité plus ou moins marqué. Un fort sentiment d’infériorité agit comme un puissant aimant constamment actif dans notre monde intérieur. Il va se manifester par des pensés négatives à notre égard, tel que des jugements de valeurs tyranniques :  « tu es nul, tu n’y arriveras jamais, tu as raté ta vie, tu n’es qu’un bon à rien ».  

Nous observons alors plusieurs scénarii  de la boucle sentiment d’infériorité-culpabilité/honte

- une culpabilité saine et normale active le sentiment d’infériorité et nous plongeons dans la non-valeur. Exemple : nous blessons  quelqu’un par une parole. Il est normal de le reconnaître et d’utiliser cela pour grandir et il y n’a pas besoin de s’en vouloir éternellement. Mais un fort sentiment d’infériorité nous empêche d’intégrer notre simple erreur et de passer à autre chose.
- Le sentiment d’infériorité fait que nous interprétons les événements de notre vie avec un filtre négatif et le résultat est que même lorsque nous avons bien agit, nous nous en voulons de ne pas voir fait mieux. Et voilà la culpabilité qui pointe.

Le perfectionnisme dans l’anxiété sociale

Toujours dans le domaine du vécu intime, le perfectionnisme joue un rôle prépondérant chez les personnes souffrant d’anxiété sociale. Il n’y a pas plus exigeant avec soi-même qu’un phobique social !
Le perfectionisme de l’anxieux social est une forme d’hyper exigence liée à la performance, dans le but de guérir un profond sentiment d’infériorité. L’anxieux vit un constant sentiment de non valeur qu’il cherche à dépasser. Il essaye donc d’atteindre un but idéal et parfait, comme être le meilleur dans tel ou tel branche, espérant ainsi prouver au monde et à lui-même qu’il n’est pas inférieur. Le problème est que le but qu’il vise n’est la plus part du temps pas réaliste et d’autre part, s’il l’est, son schéma de pensée négatif ne peut que tourner sa réussite en échec :  « c’est bien, mais ça aurait pu être mieux ». Le drame de cette histoire, c’est que le perfectionisme est un schéma mental paradoxal: quelle que soit la qualité de la performance, elle est jugée insufisante. En voulant guérir son sentiment d’infériorité, l’anxieux social ne fait que le nourrir à l’infini. C’est donc une boucle qui tourne sans fin, une recherche éternellement vouée à l’échec.

Voici comment fonctionne le schéma du perfectioniste

1) tu dois être parfait
2) mais quoi que tu fasses, tu aurais pu faire mieux.
3) donc tu n’es pas parfait
4) tu as échoué
5) c’est une confirmation que tu es nul –sentiment d’infériorité
6) essaye encore…peut-être décrocheras-tu le jackpot un de ces jours et tu prouveras ainsi au monde et à toi-même que tu n’es pas nul.
7) retour à la case numéro 1.
 
 
 



Les causes du sentiment d’infériorité

En ce qui me concerne, je pense qu’il existe trois facteurs générateurs du sentiment d’infériorité et de la culpabilité.

1) la famille : c’est le lieu où nous apprenons ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. Nous apprenons comment vivre avec les autres, comment partager, prendre soin de nous-même et des autres. Mais c’est aussi le lieu où nous pouvons reçevoir des informations distordues sur la culpabilité lorsque l’environnement familial est rigide voir même toxique. Nous pouvons sortir de notre famille avec un sentiment d’infériorité important.

2) la société : chaque culture définit ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Il est donc probable que la forme que prend la culpabilité dépend en partie de la culture dans laquelle nous vivons.

3) le fait d’être humain – niveau génétique : il est probable que nous soyons cablé pour ressentir la culpabilité et le sentiment d’infériorité. Alfred Adler disait qu ‘  « être humain s’est se sentir inférieur ». Malgré toute la connaissance que nous pensons avoir, l’histoire de  l’être humain est marquée par une angoisse de survie face à des événements qui le dépassent. Nous nous sentons petit face au mystère de la vie et de l’univers.
Il est probable que ces trois dimensions, la famille, la culture et la génétique puisse produire l’existence du sentiment d’infériorité paroxystique, c’est-à-dire grandiose et toxique, mais également un sentiment d’infériorité tout à fait sain.

En effet, je pense qu’il est tout à fait normal de ressentir un certain sentiment d’infériorité, dans la mesure où il n’est pas écrasant et je ne suis absolument pas de l’avis que nous devons, ni ne pouvons l’éradiquer entièrement. La santé mentale à ce niveau se défini, à mon avis, par la douceur que nous pouvons développer face à nos propres imperfections.

Deux sortes d’anxieux social

Avant d’esquisser des éléments de traitement, notons qu’il existe deux catégories assez différentes de phobique sociaux :

1. le phobique. Il est toujours d’accord et   ne dira jamais vraiment ce qu’il pense. C’est aussi celui qui sera « lisse », c’est-à-dire, qu’il passe inaperçu et il est généralement discret en groupe. Il s’habille comme tout le monde, sans originalité, mais avec goût. Il ne détonne en aucun cas.

2. Le contre-phobique. Il est fort différent du phobique dans sa manière de se présenter, car il se bat contre sa phobie, c’est-à-dire qu’il se singularise à l’extrême. Mais il souffre tout autant de perfectionnisme et de la peur du regard des autres. Les contre-phobiques jouent souvent les clowns, sont provocateurs, et parfois terriblement solitaire.

Traitement

Le traitement de la phobie sociale dure selon mon expérience et certaines données cliniques environ une année et demi. C’est bien entendu une moyenne.

J’utilise personnellement trois techniques : l’exposition pour les comportements (l’évitement) et les émotions (la peur), la méditation pour les émotions, les sensations et les pensées et finalement un travail cognitif de restructuration des pensées afin d’assouplir le perfectionnisme et d’augmenter l’acceptation de soi.

1. L’exposition.
Cette technique issue de la thérapie Cognitivo-Comportementale fonctionne à merveille pour l’anxiété sociale. Elle consiste à s’exposer à des situations que nous évitons d’habitude, car celles-ci  provoquent de la peur et de l’anxiété.  Nous nous exposons d’abord à des situations qui provoquent une peur légère à modérée et nous restons dans la situation jusqu’à ce que l’anxiété ait diminué de moitié. Exemples : rester seul sur une terrasse de café, aller seul au cinéma, manger seul dans une cafétériat ou encore demander des renseignements dans un magasin. Petit-à-petit nous pouvons nous confronter à des situations plus anxiogènes et la peur fini par disparaître
L’exposition nous permet de voir que ce que nous craignions ne se produit pas. De plus, nous apprenons à accepter l’anxiété et nous observons qu’elle tend à diminuer au bout d’un certain temps.
Il est probable que notre cerveau restructure de lui-même nos schémas pathologiques grâce à l’exposition. C’est pour moi une des techniques les plus efficaces.

2. La méditation.
J’ai décris dans ce texte les effets de la méditation et je n’y reviendrai pas ici. Je signale cependant que pour moi la méditation devrait être pratiquée par tous les phobiques sociaux. Il existe plusieurs techniques de méditation, mais celle que je trouve appropriée dans ce cas là est la Mindfulness ou le Vipassana. Nous apprenons ainsi à nous observer sans nous juger, ainsi qu’à nous détendre. Nous apprenons aussi à nous distancer des pensées, ce qui fait qu’elles perdent de leurs force lorsqu’elles nous envahissent.
Mais attention au perfectionnisme dans la méditation ! L’anxieux social va vouloir être parfaitement concentré, or ceci n’est pas une bonne attitude méditative. Il doit apprendre l’effort sans effort et cela lui sera vraiment bénéfique.

3. Le travail sur les cognitions.
Il est important d’assouplir le schéma de perfectionnisme afin de sortir de la boucle malsaine que j’ai présentée plus haut. L’anxieux doit apprendre la douceur à son égard. C’est durant cette phase qu’un travail sur l’enfance et les figures parentales peut être effectué. Diminuer le perfectionnisme permet de diminuer le sentiment d’infériorité et d’accéder à une certaine estime de soi.

La dimension spirituelle de la phobie sociale
Finalement, la grande leçon que peuvent apprendre les anxieux sociaux c’est l’acceptation de leur imperfection. Ils doivent apprendre à se détendre dans l’être qu’ils sont. Ceci est une chose que nous devons tous faire, mais l’anxieux social n’a pas le choix : il est obligé d’effectuer ce travail s’il désire exprimer qui il est et se détendre.
 
 
"Nous ne pouvons être parfait, mais nous pouvons parfaitement être nous"




 
© 2008-2012 Copyright Patrick Hertzschuch
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La jalousie
08/01/2011 11:44:03
La jalousie signifie t’elle que nous sommes amoureux ?




La jalousie  est un sentiment extrêmement désagréable qui m’a fait souffrir dans le passé. Je crois que je peux dire que c’est le sentiment le plus perturbant que je connaisse. Il est difficile de s’en départir, il colle, nous obsède et nous rend vraiment malheureux.

La racine du mot jalousie vient du grec zelos qui signifie ferveur, ardeur, désir intense. Le dictionnaire Larousse définit la jalousie comme « un vif attachement à quelque chose » ou encore comme  « fondé sur le désir de posséder la personne aimée et sur la crainte de la perdre au profit d'un rival ».

 En regardant ces définitions et l’étymologie grecque du mot, nous voyons que la jalousie se compose de trois dimensions :

1) un désir intense
2) le désir de posséder
3) la peur de perdre l’objet possédé



Le désir intense n’est pas un problème en soi. Il s’agit d’une forte concentration d’énergie psychique, émotionelle, spirituelle et physique, centrée sur un but. Nous pouvons par exemple ressentir un intense désir d’obtenir notre permi de conduire afin d’être indépendant, libre et de nous sentir adulte. Ce désir va nous amener à concentrer notre énergie sur les différentes procédures à accomplir afin d’obtenir le permi convoité.

Ce désir intense implique que nous allons renoncer à d’autres activités parallèles afin de mettre toute notre énergie vers notre objectif. Se donner les moyens de réaliser un désir implique donc forcément que nous allons momentanément renoncer à d’autres désirs.

Le désir est donc une force motivationelle qui nous pousse à agir, à créer et à nous dépasser. Il est le fondement de notre vie et de ce qui nous anime : sans désir nous nous plaçons en marge de la vie (pour plus d’explications sur ce sujet voir le texte "Le désir dans les religions traditionnelles").

Venons-en maintenant au «désir de posséder ». Au sens large, posséder signifie avoir pour soi et pouvoir jouir d’un objet.  Si le désir est une force qui nous pousse à obtenir une chose que nous n’avons pas sur le moment, la posséder implique que nous avons obtenu cette chose et que nous pouvons en jouir. J’avais le désir intense d’obtenir mon permi de conduire, j’ai fais ce qu’il fallait et maintenant je possède ce permi et je peux en jouir à volonté.

Mais la possession implique invariablement « la peur de perdre l’objet possédé », troisième dimension qui compose la jalousie. J’essaye donc de rouler convenablement afin de garder mon permi de conduire.  Cependant l’exemple du permi de conduire a maintenant atteint sa limite, car le permi est un objet inanimé et le désir intense que nous pouvons ressentir à son égard est limité.


La jalousie dans les relations


Dans les relations humaines et notamment dans la relation amoureuse, le désir intense se centre sur un autre être et l’enjeu est différent : ce n’est plus la liberté de me déplacer que je recherche, mais c’est d’aimer et surtout d’être aimé. En effet, être aimé est pour chacun de nous un élément vital. Les enfants aimés se développent mieux que ceux qui sont maltraités et lorsque, adulte, nous nous sentons aimés, nous ressentons la confiance nécessaire pour vivre notre vie de manière puissante et harmonieuse. Nous savons maintenant que même les plantes ont besoin de se sentir aimée afin de se développer harmonieusement. Se sentir aimé est donc une sorte de « Graal » que nous recherchons tous.

Ainsi, la peur de ne plus posséder l’amour de l’autre dans la relation amoureuse peut provoquer en nous un véritable état de panique émotionelle. Perdre cet amour peut signifier que nous ne sommes pas aimable, sans valeur et que nous n’avons pas notre place sur cette terre.

La jalousie est donc un sentiment de peur intense qui nous transperce tel une lame lorsque nous prenons conscience de la possibilité de perdre notre « objet amoureux ». Cette peur peut activer divers comportements malsains dans le but de maintenir notre pouvoir et notre droit de jouissance sur l’objet en question. La jalousie nous emporte et nous oscillions entre la rage, la tristesse et l’angoisse. Nous agissons parfois alors de manière malsaine, ce qui peut aller de la manipulation jusqu’au meurtre passionnel.

Mais est-ce là un signe d’amour ? Est-ce que ce type de comportement manifeste l’intensité de notre amour pour l’autre ? En résumé, si je manifeste de la jalousie, est-ce que cela signifie que mon amour est grand, voir immense ? Et si l’autre ne manifeste pas de jalousie envers moi, est-ce que cela signifie qu’il ne m’aime pas ?

Et bien oui et non à la fois. Finalement, la réponse dépend du « monde » psychique de la personne ou de la relation que nous observons.

Si une personne très jalouse ne manifèste soudainement plus de jalousie dans la relation c’est soit qu’elle a évolué soudainement vers une autre manière de concevoir la relation, soit qu’elle ne ressent plus d’amour pour son partenaire. Et comme il est difficile de dépasser la jalousie, il est fort probable que cette personne ne soit plus amoureuse.

Mais fondamentalement, la jalousie est un sentiment très couteux en énergie qui ne nous rapporte que peu de bénéfices. En effet, c’est un sentiment intérieur désagréable, composé d’angoisse, de tension, de colère, de tristesse et d’inquiétude constante. De plus, il a à long terme sur l’autre et la relation des effets néfastes. Le jaloux va surveiller, traquer et tenter de limiter les libertés de son partenaire. Si dans un premier temps le partenaire peut se sentir flaté, sécurisé et voir aimé par ces manifestations, à long terme il se sentira enfermé et aliéné : il n’aura alors qu’une envie c’est de se dégager de cette relation qui le prive de sa liberté.

La jalousie n’est donc pas une preuve d’amour, même si le jaloux peut aussi aimer. Par contre c’est un signe indubitable que :

- L’autre est perçu comme un objet et non un être libre et souverain
- Celui qui manifeste de la jalousie n’a que peu de confiance en lui-même

La jalousie est-elle donc une preuve d’amour ?

Elle peut l’être pour les personnes qui souffrent d’un manque d’estime de soi et qui conçoive l’autre comme un objet de leurs désirs.

Elle ne l’est plus pour ceux qui savent s’aimer raisonnablement et qui on acquis la conscience que l’autre est un être à part entière, souverain et libre.

J’ai personnellement bataillé longtemps avec la jalousie et je dois dire que la chose qui m’a le plus aidé à me dépasser moi-même est la réalisation que tout effort pour empêcher l’autre de m’échapper est vain, tout effort de contrôler l’autre est voué à l’échec. Lorsque j’ai réalisé que j’avais dépensé tant d’énergie et d’angoisse pour rien, j’en suis venu a progressivement laisser l’autre libre, ce qu’il est de toute façon !

C’est donc en observant le rapport investissement/gain de la jalousie que j’ai progressivement opté pour un modèle « jalousie light ».


Patrick Hertzschuch







 


Le lâcher prise
30/05/2010 23:21:08
Le lâcher prise

Lors de séances de psychothérapie, on me pose souvent la question "comment lâcher prise". Je dois dire que, bien que je sache ce qu'est le lâcher prise, je n'ai jamais pu l'expliquer de manière convaincante. Tout d'abord il s'agit d'un concept flou qui a à faire avec des émotions et des pensées. Je définirai cependant le lâcher prise comme la volonté de se débarasser d'une pensée/émotion qui produit en nous du déplaisir. Cette pensée/émotion est une représentation dans notre psychisme d'une situation que nous expérimentons dans notre quotidien.

Ainsi donc il est important de noter que lorsque nous lâchons prise, nous lâchons en fait une représentation, un concept, une idée, une manière de voir le monde qui nous a été jusque-là habituelle.

Mais comment donc lâcher prise?

Et bien c'est finalement plus simple qu'il n'y paraît: il suffit de ressentir son corps. Laissons les sensations corporelles du moment s'étendre dans le champ de la conscience, devenons le corps, voyageons dans les pieds, dans le ventre, dans les bras.

Ce processus nous permet de passer de l'idée/concept pénible aux flux des sensations. Le résultat est que l'idée/concept n'est plus nourrie et qu'elle va donc se dissiper comme un nuage.

Mais comme tout processus il est difficile de l'appliquer au début, car nous autres êtres humains passons notre journée dans la tête. Alors descendre dans le corps nous semble inutile, stupide, menaçant.

Mais avec un peu d'exercice, nous sentons aisément le flux constant de nos sensations corporelles...et comme c'est agréable de ne plus être dans la tête ne serait-ce que quelques secondes!

 
Lâcher prise c'est un peu faire "fondre" notre tête afin qu'elle coule dans notre corps!

Comment lâcher prise? Et bien sentez votre corps!
2. Le courage
06/06/2009 15:40:31
 
2. Le courage

La deuxième qualité qu'il me semble important qu'un "mâle" développe est le courage. En effet, le principe masculin me semble lié à l'action. Or la peur mène à l'évitement, à l'agression et à la passivité. L'archétype masculin, dans son aspect négatif, est volontiers agressif et il est probable que la peur en soit une des causes. 



Le courage d’être soi

La première étape  nous conduisant au courage consiste à développer la capacité à nous voir tel que nous sommes, ce qui n’est souvent pas facile à accepter.

Nous développons le courage de nous ressentir, de nous observer et de nous écouter, malgré le fait que nous aimerions être différent de ce que nous sommes : plus beau, plus riche, plus intelligent. L’effort de nous voir tel que nous sommes, avec nos zones d’ombres et de lumières, est une condition sine qua non à l’apparition du courage.

C’est l’absence de peur, la foi en notre capacité à faire face à la vie avec ce que nous sommes, nos compétences et nos incompétences qui est le ferment du courage.  

Ceci fait, nous développons la présence à nous-même, dans l’instant présent: nous écoutons à chaque instant le chant que notre être produit : nostalgique, furieux ou joyeux. Nous sommes proche de nous-mêmes.


Le courage d’être soi dans le monde

Le courage est aussi une formidable affirmation de notre individualité propre. C’est la manifestation que nous sommes un être différent du groupe qui, souvent, vit dans la peur. Nous osons la différence. Il ne s’agit pas de prendre systématiquement le contre pieds de la pensée dominante, car cela n’est autre qu’une attitude de soumission déguisée, mais bien d’oser être soi dans l’accord ou le désaccord. Nous en finissons avec la dépendance, la lâcheté, le manque de confiance. Quoi qu’imparfait, nous nous présentons au monde tel que nous sommes et nous « agissons » notre individualité.

Souffrance et mort

Dépasser la peur ultime qui est celle de la souffrance et de la mort. Faire face à la vie, tout simplement, en se laissant traverser par la vérité de ce que l’on est et la conscience lucide de ce qu’est le monde. Savoir que la mort est certaine et donc ne pas la craindre. C’est un événement inévitable et nécessaire : une vie éternelle sur terre serait sérieusement ennuyante au bout d’un certain temps. La fin, la mort, donne le goût à la vie et y apporte un sentiment d’urgence, alors que nous marchons sur le fil du rasoir. Le courage est la conscience que la souffrance et la mort sont innévitables et qu’il n’y a donc aucune raison d’anticiper leur venues. Souffrance et mort viennent en leur temps et constituent une expérience dans l’ici et le maintenant. Leur anticipiation est une expérience dans le mental qui nous apporte une souffrance innutile.

Confiance et lâcher prise

Le courage est aussi un lâcher prise face à ce que nous ne pouvons contrôler, face au monde accidentel qui nous présente des expériences imprévues et étonnantes.

Par l’observation, nous pouvons cependant développer la consience que les événements extérieurs sont liés à notre monde intime et intérieur. Les événements extérieurs et le monde intérieur sont traversés par un même flux, telle une onde musicale. Si tout n’est pas pour le mieux, chaque obstacle que nous rencontrons est cependant considéré comme intimement personnel. Les obstacles que chacun d’entre nous rencontre sur son chemin, sont fondamentalement personnels. Mes obstacles sont différents des votres, car ils sont teintés de la couleur de mon être fondamental. Nous prenons alors l’entière responsabilité des conflits et des obstacles que nous rencontrons. C’est « notre merde » et pas celle d’un autre. Ces obstacles sont d’une part colorés par notre être, c’est-à-dire que nous les reconnaissons, car ils se sont probablement répétés. Mais ils comportent également une qualité à chaque fois nouvelle, accidentelle pourrait-on dire. Nous pouvons alors terminer de projeter « notre merde » sur le monde et commencer à prendre soin de nos déchets, même si une partie de ces rebus nous paraissent étranger.

Le courage est certainement une valeure peu aisée à développer. Elle est une sorte d’idéal guide, jamais totalement acquis. Mais peut-être pourrons-nous dire un jour, comme Louis Dupree, coordoonier de son état :

« Je suis proche de moi-même et j’engage mon être dans l’action. Je traverse avec audace les obstacles qui s’offrent à moi jusqu’à ma propre dissolution. Sans peur, je vais joyeux »
 

1. Vérité
04/06/2009 15:45:00
1. la vérité

Voici une série de textes sur les qualités de l’homme, je veux parler ici du mâle ! Nous vivons en effet une période ou les femmes se définissent elles-mêmes. Mais l’homme tend à ne pas faire ce travail qui me paraît important dans cette période ou les rôles se redéfinissent.

Je vais traiter de plusieurs qualités que l’homme intègre pourrait manifester.

Je vais commencer par la vérité. En effet, un des attraits de l’homme intègre est sa faculté à dire la vérité.

Le mensonge

J’ai parlé quelque peu du mesonge dans l’article sur le pervers narcissique dans l’entreprise. J’aimerais revenir ici sur les effets du mensonges.

Pouvoir mentir est en fait une étape importante dans le développement de l’enfant. En effet, l’apparition du mensonge est le signe que l’enfant découvre sa capacité à dissimuler et que par conséquent ses pensées ne sont pas totalement « lisibles » par les autres. La capacité de mentir est donc la preuve que le psychisme se sépare de l’environnement et qu’il s’individualise : l’enfant qui ment montre qu’il est conscient de son intérieur, intérieur qui ne peut être accessible à l’autre.

Mais cette étape du développement, bien qu’importante, devrait être suivie par une autre étape, tout aussi importante : l’apprentissage que la vérité libère et mène à l’intégrité.

En effet, si le mensonge a des effets pernicieux sur l’autre, à savoir faire douter l’autre des faits réels, il est également et principalement destructeur de l’intégrité du psychisme du menteur. Chaque mensonge créé une scission dans le psychisme avec l’accumulation de la culpabilité. Le pervers narcissique peut produire des mensonges en grande quantité, car il ne ressent que peu cette culpabilité. Mais il s’expose tôt ou tard à la dissolution de sa psyché. Nous pourrions dire qu’il s’agit d’une autodissolution.

La scission intérieure, opérée par le mensonge, nous éloigne pas à pas de l’intégrité psychique et du sentiment de bien être qui résulte de l’harmonie psychique. Plus on ment et plus on est poussé à la faire, jusqu’à ce que nous ne sachions même plus ce qu’est la réalité. Ultimement nous créons un monde imaginaire, en décalage de la réalité, que nous essayons par tout moyens de confirmer. Cela mène finalement à la mythomanie, un trait fréquent chez les pervers narcissique, et à la psychose lorsque le mensonge devient un délire. Le psychisme est alors tellement scindé que le mental créé un monde imaginaire et parallèle.

L’individu normalement constitué tend à s’harmoniser et donc à faire face à qu’il est. Il apprend à ne pas mentir afin de se créer une autre identité. Il est imparfait et il peut faire face à ce qu’il est. Il est en route pour l’harmonisation intérieure et la croissance.

Le menteur suit un chemin d’involution et d’aliénation (folie) qui l’amène inexorablement vers la dissolution de sa propre identité psychique.

Celui qui fait face à ce qu’il est, ses parts d’ombres et de lumières simultanément, s’achemine vers l’harmonisation. Il évolue et s’individue. Il est un guerrier  redoutable, car il est vrai.





 
L'agoraphobie et son traitement
08/03/2009 16:18:31
 
L'AGORAPHOBIE ET SON TRAITEMENT
 

4'000 agoraphobes à Lausanne : de quoi remplir un bon stade de football !

210'000 agoraphobes en Suisse,  de  quoi faire exploser la ville de Genève.

203 millions d’agoraphobes dans le monde. Plus que la population du Brésil !


 

L’agoraphobie est un trouble très répandu qui se soigne relativement facilement et en peu de temps par rapport aux souffrances qu’il provoque.

Elle se définit comme la peur d’avoir une attaque de panique dans les lieux publics.
L’attaque de panique est une forte angoisse qui se manifeste par des symptômes corporels, émotionnels et mentaux d’une très forte intensité.

1. Les manifestations physiques en sont:
  • l’accélération du rythme cardiaque (appelé tachicardie)
  • le sentiment de manquer d’air
  • des fourmillements dans les membres
  • des vertiges
  • des douleurs thoraciques et musculaires
  • des troubles intestinaux
  • une transpiration accrue
  • des sensations de chaud/froid
2. Sur le plan émotionnel c’est la peur qui domine, mais il serait plus juste de dire qu’il s’agit d’une immense terreur qui bloque toutes les facultés mentales.

3. Sur le plan mental, certaines pensées  caractéristiques apparaissent:
  • « Je suis en train de devenir fou/folle »
  • « je vais mourir maintenant »
  • « je suis en train d’avoir un arrêt cardiaque »
  • « je vais mourir étouffé » ou « Je manque d’air »
  • « Je vais m’évanouir »

Ces symptômes d’une rare intensité amènent la personne à penser que sa vie est immédiatement en danger, ce qui la pousse à fuir le lieu où elle se trouve ou bien à chercher de l’aide.

L’explication psycho-biologique

L’approche Cognitivo-Comportementale s’est beaucoup intéressée à ce trouble et elle en est arrivée à proposer une hypothèse basée sur des connaissances biologiques et psychologiques.

Les trois cerveaux

L’être humain a un cerveau fait de trois parties distinctes qui se sont dévelopées l’une après l’autre au cours de l’évolution.

1. le cerveau reptilien : c’est le plus ancien des trois cerveaux et il régule les fonctions vitales de l’organisme, tel que la respiration, le chaud/froid, le rythme cardiaque. Comme son nom l’indique, nous partageons ce cerveau avec les reptiles.
2. Le cerveau limbique : second à se développer, il est le centre des émotions, tel que la peur, le dégoût, le plaisir, la tristesse, la colère. Nous le partageons avec les mammifères.
3. Le néo-cortex est la dernière partie du cerveau à se développer. Nous le trouvons chez les primates, mais c’est chez l’homme qu’il est le plus développé. Il gère entre autre le langage, la programmation des actions et il serait le siège de la conscience.
 



L’ attaque de panique est "simplement" une réaction de l’organisme à un danger perçu : le cerveau limbique qui gère les émotions reçoit l’information qu’il y a un danger dans l’environnement, c’est une réaction de peur. Il faut noter que le néo-cortex qui est le siège de notre conscience n’a pas perçu le danger, c'est-à-dire que nous n'avons pas percu le signal de danger. Le cerveau limbique déclenche alors une série de changements corporels dont le but est de faire face au danger en prenant la fuite ou en se battant. Le cerveau envoie l’information au corps – à travers le système nerveux dit  « sympathique » - qu’il faut être prêt.
Se battre ou fuir demande beaucoup d’énergie à l’organisme et c’est en augmentant la rapidité de la circulation du sang ainsi que le taux d’oxygène qu’il y parvient. Le cœur bat donc plus vite et la respiration devient plus rapide. La tension artérielle augmente.
Le sang quitte les parties du corps où il est le moins utile, c’est-à-dire dans les extrémités et l’estomac et il va se concentrer dans les muscles des jambes et des bras, afin d’être prêt à courir ou frapper.

Le cerveau limbique a reçu le signal de danger et a activé le corps en conséquence, mais le paniqueur n’est absolument pas conscient d’un quelconque danger. Il perçoit alors les changements corporels et ne sachant pas qu’il s’agit d’une réaction normale de peur et sans risque pour l’organisme, il se demande ce qu’il lui arrive. C’est ainsi qu’il va interpréter les symptômes comme une perte de contrôle, la folie, comme une attaque cardiaque imminente ou encore qu’il va s’évanouir.

Voici un tableau explicatifs des symptômes :



En résumé :

Le corps se met en état de réagir à un danger qu’il a perçu, mais pas le paniqueur. Puis ces symptômes impressionants qui apparaîssent soudainement et sans raison apparente inquiètent terriblement le paniqueur qui ne sait pas ce qui lui arrive. Il interprète donc les symptômes comme un danger, ce qu’ils ne sont absolument pas. Il prend peur et ainsi la peur nourrit la peur !


Comment devient-on agoraphobe

Il faut dire que nous n’avons pour l’instant pas découvert une cause précise, probablement parce qu’il n’en existe pas. Ce trouble est plutôt le résultat de différentes causes biologiques, psychologiques et environnementales.

Certains éléments sont à considérer :
 
  1. L’agoraphobie fait partie des trouble anxieux, c’est-à-dire que les gens qui en souffrent sont généralement  des anxieux de nature : ils ont une tendance marquée à voir et prévoir les dangers qui pourraient survenir. Dans l’évolution de l’humanité, ce tempérament est d’une grande utilité car l’anxieux a les yeux ouverts sur des dangers potentiels qu’il lui est alors possible d’éviter. Or la vie a de tout temps été menacée et la fonction de l’anxiété est donc bien de préserver la vie. Mais parfois ce système de préservation subit un « bug » ou virus et il s’embale sans aucune raison adaptative.
  2. L’autre élément important est que 80% de la population vit une attaque de panique dans sa vie, sans pour autant développer une agoraphobie, que 2 à 4 % de la mondiale développe.
  3. Finalement, on retrouve des éléments communs dans l’histoire des agoraphobes, comme des deuils, des séparations, la peur d’être seul ou encore un faible contrôle direct dans les relations affectives.
Ces éléments font que nous pouvons émettre l’hypothèse que l’agoraphobie se développe chez certaines personnes de tempérament anxieux qui ont vécu des expériences difficiles autour de la séparation. Ils se sentent vulnérable et ont peur de perdre le contrôle d’eux-mêmes. Suite à une attaque de panique, Ils développent une peur de mourir ou de perdre le contrôle dans des situations où personne ne pourraient leur venir en aide, ou d’où ils ne pourraient s’échapper.

Une première attaque de panique survient généralement dans un lieu public. Puis  la personne craint une nouvelle attaque de panique et commence à éviter d’autres lieux, tels que les cinémas, les transports publics, les garages sous-terrains, les centres commerciaux, les trains, les autoroutes, les tunnels, les télécabines et les télésièges, les concerts, etc…

Petit-à-petit la personne en vient à ne penser qu’à l’attaque de panique et elle restreint ses déplacements. Certaines personnes en sont d’ailleurs arrivées à ne plus pouvoir sortir de chez elles. L’évitement fonctionne comme un renforcement des attaques de panique selon le schéma suivant :




Le traitement de l’agoraphobie

Nous vivons dans une société qui a développé d’innombrables formes de thérapies et nombreux sont les thérapeutes qui proposent un traitement pour les attaques de panique et l’agoraphobie.  Ces traitements vont de la pharmacothérapie jusqu’au shamanisme et il peut être difficile de faire le bon choix. En ce qui me concerne, je pense que la thérapie Cognitivo-Comportementale est à l’heure actuelle un des meilleurs traitement qui soit. Certes je pratique cette forme de thérapie et l’on pourrait penser que je ne suis pas objectif. Mais je ne pense en aucun cas que la thérapie Cognitivo-Comportementale est le traitement de choix pour tout les troubles psychologiques. Au contraire, je pense que certaines formes de thérapies parallèles font des petits miracles.
Mais mon expérience personnelle m’a montré qu’en ce qui concerne les attaques de panique et l’agoraphobie le traitement Cognitivo-Comportemental est rapide et extrêmement efficace.

Voilà comment le traitement est organisé:

Le premier objectif de cette forme de thérapie est de diminuer le nombre et l’intensité des attaques de panique afin que le client retrouve sa liberté de mouvement. Cette phase peut aller de 1 à 12 séances environ.
  • Explication du modèle psycho-biologique de l’agoraphobie
  • Le client relève sur une feuille les attaques de panique qu’il a durant la semaine, leur intensité et les pensées qui y sont associées (par ex :  « je vais mourir étouffé »)
  • Apprentissage de pensées alternatives à se dire en cas d’attaques de panique
  • Expérience de l’hyperventilation en séance avec le thérapeute : il s’agit avec cet exercice de respirer rapidement pendant 2 minutes, ce qui reproduit les symptômes de l’attaque de panique. Le client voit alors qu’il peut créer lui-même ces symptômes et il apprend à ne plus les craindre.
  • Apprentissage du contrôle respiratoire : cette technique permet de diminuer l’intensité des attaques de panique grâce à la respiration.
  • Apprentissage de la relaxation
  • Exposition. C’est le cœur du traitement : le client va chercher à avoir une attaque de panique dans des lieux qu’il craint. Il peut être accompagné du thérapeute. Ceci se fait graduellement de telle sorte que la peur ne soit pas trop grande au début. Le client apprend ainsi à ne plus éviter l’attaque de panique et au contraire, il va « la chercher » afin de voir que rien de plus grave qu’une attaque de panique ne peut lui arriver : c’est une forte angoisse, mais elle passe au bout d’un certain temps.

Dans un second temps et si le client le désire, il est possible de plonger plus profondément dans l’histoire de vie afin de comprendre les causes du trouble. Durant cette phase, c’est généralement l’anxiété de séparation qui fait surface. Nous traîtons alors les schémas de vulnérabilité et de dépendance.

Résultats

Cette méthode permet de rapidement retrouver une liberté de mouvement et même une qualité de vie meilleure qu’avant le début du trouble.
La durée du traîtement est variable, et j’ai rencontré des agoraphobes de longue date qui se sont guéri en 3 séances. Mais je dirais qu’en moyenne il faut de 3 à 9 mois pour que le trouble disparaisse.

Le secret de l’agoraphobie

Si vous êtes rebelle à toute forme de thérapie et que vous voulez vous guérir seul et rapidement, il vous suffit d’intégrer et d’appliquer le secret suivant :

Allez chercher l’attaque de panique ! Que se passera t’il ? Au pire, vous en ferrez une. Restez dans la situation jusqu’à ce qu’elle se dissipe (en moyenne 20 minutes) puis aller vous coucher ! Ca fatigue ! Et recommencez le jour suivant !

Mais le secret est que généralement si vous cherchez à ce qu’elle vienne…elle ne viendra pas !

Et oui, car c’est ainsi que cela fonctionne : l’attaque de panique survient si on craint qu’elle vienne. Si on recherche sa venue….elle ne montre même pas le bout de son nez !

C’est totalement injuste, mais c’est comme ça.


Le point de vue essentiel et spirituel

Chaque trouble psychologique recèle une occasion de se développer et de vivre plus pleinement sa vie si nous arrivons à l’intégrer et à le dépasser.
L’agoraphobie et les attaques de panique nous permettent de développer trois extraordinaires qualités :
  • Dépasser la peur de notre mort ainsi que celle de nos proches
  • Dépasser la peur du regard des autres
  • Accepter de ne pas tout contrôler

L’agoraphobe a l’occasion de faire face à une des plus grandes peurs de tout être humain : celle de mourir. Or celui qui est libre de la peur de sa propre mort…est libre !




 
© 2008-2012 Copyright Patrick Hertzschuch
Vous pouvez librement copier ou utiliser ce texte, mais vous devez citer son auteur ou mettre un lien avec findyounow.ch

Le désir dans les religions millénaires
04/02/2009 22:07:30
 
 
LE DESIR DANS LES RELIGIONS MILLENAIRES


Les grandes religions millénaires, telles que le Christianisme, le Bouddhisme, l’Hindouisme, l’Islam, ou encore le Judaïsme, nous ont transmis leurs connaissance accumulées à travers des milliers d’années. Leurs enseignements ont pour but de nous montrer le chemin qui mène au-delà de la souffrance afin que nous atteignions la paix et l’harmonie. Chacune de ces religions ou spiritualité a exprimé en ses termes et selon sa culture sa vision de l’homme, du monde et de Dieu. Je vais mettre en évidence certains points communs de trois grandes religions, à savoir le Boudhisme, l’Hindouisme et le Christianisme quant à leur point de vue sur le désir.

Le désir : cause de la souffrance

Celles-ci considèrent généralement le désir comme une source de souffrance (Bouddhisme, Hindouisme) ou de péché (Christianisme). La multiplicité des désirs entraîne l’homme loin de la paix et du contact avec sa source, Dieu, le rendant vulnérable à toutes sortes d’émotions et de sentiments négatifs tels que la colère, le ressentiment, l’obsession, l’envie, la culpabilité ou encore la tristesse.

L’extrait suivant, tiré de la Bhagavad-Gita (chapitre II, 55-58), illustre l’essence de la position de l’Hindouisme quant au désir :

« Le Bienheureux Seigneur dit :
55. Quand un homme, ô Pârtha, chasse de son esprit tous désirs, et qu’il est satisfait dans le moi par le moi, on le dit alors stable en son intelligence.
56. Celui dont le mental n’est pas troublé au milieu des chagrins, et qui, parmi les plaisirs, reste libre de désirs, celui qu’ont quitté attraction, peur et colère, celui-là est le sage dont est fermement fixé l’entendement.
57. Qui en nulle chose n’est affecté, même si tel bien ou tel mal lui échoit, et ne hait ni ne se réjouit son intelligence est fermement établie dans la sagesse.
58. Qui retire les sens des objets des sens, comme la tortue retire ses membres dans sa carapace, son intelligence est fermement établie dans la sagesse. »

L’extrait suivant tiré de « L’imitation de Jésus-Christ », écrit par Thomas A. Kempis, moine  Chrétien Hollandais du XVème siècle, montre une grande similitude avec l’extrait de la Bhagavad Gita:

« CHAPITRE 6.  Des affections déréglées :

1.  Dès que l’homme commence à désirer quelque chose désordonnément, aussitôt il devient inquiet en lui-même.
 
Le superbe et l’avare n’ont jamais de repos, mais le pauvre et l’humble d’esprit vivent dans l’abondance de la paix.

L’homme qui n’est pas encore parfaitement mort à lui-même est bien vite tenté, et il succombe dans les plus petites choses.  

Celui dont l’esprit est encore infirme, appesanti par la chair et incliné vers les choses sensibles, a grand-peine à se détacher entièrement des désirs terrestres.  
C’est pourquoi, lorsqu’il se refuse à les satisfaire, souvent il éprouve de la tristesse, et il est disposé à l’impatience quand on lui résiste.

2.  Que, s’il a obtenu ce qu’il convoitait, aussitôt le remords de la conscience pèse sur lui, parce qu’il a suivi sa passion, qui ne sert de rien pour la paix qu’il cherchait.  

C’est en résistant aux passions, et non en leur cédant, qu’on trouve la véritable paix du cœur.  Point de paix donc dans le cœur de l’homme charnel, de l’homme livré aux choses extérieures: la paix est le partage de l’homme fervent et spirituel. »


 
Ces exemples mettent en avant l’idée que  l’attachement et  le désir sont la source d’une disharmonie créant un conflit à l’intérieur de l’être humain, mais aussi à l’extérieur, c’est-à-dire entre les hommes : suivre le désir mène en enfer dans le Christianisme et à de nouvelles réincarnations dans le Boudhisme et l’Hindouisme.
Le détachement du désir: la voie vers l’harmonie

Les sages

La cause de la souffrance ayant été identifiée, les religions millénaires ont développé des systèmes et des outils qui permettent aux individus de ne pas tomber dans les pièges du désir. Ces outils sont essentiellement basés sur le détachement et le renoncement, attitudes qui permettent de ne pas souffrir au contact des événements.

De nombreux textes du passé, comme la Bhagavad Gita pour l’Hindouisme ou l’Imitation du Christ pour le Christianisme, développent des enseignements basés autour de notions telles que, le détachement et le renoncement. Ils proposent une voie rapide et efficace pour diminuer la souffrance que nous pouvons ressentir au contact de la vie.

Les êtres qui incarnent le plus pleinement ce détachement sont les moines bouddhistes, les Saints et les moines chrétiens, ainsi que les sanyasins (moines) hindous. Ils se sont détachés du désir et de la pulsion sexuelle. Ils n’ont pas de famille et vivent généralement en communauté de moine ou seuls.  Ils ont renoncé aux biens matériels et ils ne travaillent pas dans la société bien qu’ils effectuent tout de même une forme de travail (mendier leur nourriture, agriculture locale, distillerie, prêche, enseignement, service des indigents).

Le commun des mortels

L’enseignement proposé par ces religions pour les individus engagés dans la société est basé sur les mêmes principes que celui dispensé aux moines : nous sommes dans le monde du samsara ou de la vanité et l’objectif qui nous est proposé est de limiter les dégâts. Si nous devons vivre une sexualité, car nous ne pouvons pas dépasser cette pulsion, alors vivons-là, mais le moins possible. L’idéal reste le dépassement total du désir.  

Prenons l’exemple de l’Hindouisme des origines. A l’époque des Védas, cette religion avait défini des étapes de vie bien structurées. Tout d’abord le jeune homme étudie et se garde de vivre la sexualité (Brahmacharya). Puis il fait le choix  de devenir moine (Sanyasa) ou homme de famille (Grihasta). Le choix de la vie dans le monde était considéré comme spirituellement inférieur à celui du moine. Une foix ses enfants élevés, il rentre dans l’étape suivante (Vanaprastha) qui consiste à se retirer dans la forêt avec sa femme. Ils étudieront alors la spiritualité tout en vivant comme frère et sœur jusqu’à ce que la mort vienne. La définition de ces étapes de la vie d’un homme marié montre qu’il doit finalement s’abstenir d’une vie sexuelle avant le mariage, ainsi qu’après avoir élevé ses enfants. Le seul et unique but de la pulsion sexuelle est la procréation. L’homme marié est finalement un moine qui fait une parenthèse dans sa vie en procréant. Ceci fait, il se replonge dans le monde du détachement.
Notons en passant que cette structuration des étapes de vie dans l’Hindouisme ne s’intéresse guère au sort de la femme : elle n’a qu’un rôle, celui de mère.

Nous retrouvons une structure similaire dans le Christianisme. La sexualité est fortement réprouvée avant le mariage. En outre, sont but est la procréation et non pas l’expérience du désir dans sa dimension sexuelle, affective, mentale ou spirituelle. C’est pourquoi l’Eglise catholique est actuellement contre l’usage du présérvatif : soit le couple assume son désir sexuel et fait des enfants, soit il transcende le désir.
Le texte de St.Jean Cassien (360-435 ap.J-C.) que je traduit librement de l’anglais ici décrit le point de vue historique de l’Eglise catholique quant au désir sexuel :
« Les mouvements du désir ressentis dans les organes sexuels nous ont été donné par le Créateur dans le but de continuer l’espèce et non pour l’indulgence dans la sexualité » (The Philokalia, Vol.I, Kallistos Ware)

Ainsi donc, Les religions millénaires ont identifé l’attachement au désir comme la cause de la souffrance humaine. Elles ont développés des enseignements nous permettant de nous émanciper totalement des liens terrestres du désir, afin que nous puissions vivre en communion constante avec Dieu. Le chemin pour les individus engagés dans le monde est le même que pour les moines, mais moins exigeants.
 
Le désir, base de la création du monde

Pour la plupart des religions traditionnelles, Dieu existe avant que le monde ne soit créé. Il baigne alors dans son unicité et sa félicité. Il décide cependant de projeter ou de créer le monde et l’explication des religions millénaires varient quant à ses motivations. L’Hindouisme estime que Dieu désir jouer à se connaître lui-même, ce qui place le désir au centre de la manifestation :

Rig Veda 10.129.1-7
« Au début n’était ni la non-existence, ni l’existence : il n’y avait ni l’air ni l’espace au-delà(…) ni la mort ni l’immortalité n’étaient : rien ne départageait le jour de la nuit. Le Un, sans respiration, respirait par sa propre nature. Rien n’existait au-delà de ce UN(…) tout n’était que chaos indistinct. Tout ce qui existait alors était vide et sans forme(…) Ensuite naquit le désir, qui est le germe originel de l’esprit. »

Dans le Christianisme c’est le désir d’Eve qui précipite l’être dans la manifestation et le banit du paradis (union avec Dieu) : elle saisit la pomme sur l’arbre de la connaissance. Si nous interprétons cette histoire sous sa forme mythologique, c’est le désir de connaître qui est à l’origine de la chute,  c’est-à-dire de la manifestation de la dualité qui engendre alors la souffrance et la mort : « L'Éternel Dieu dit: Voici, l'homme est devenu comme l'un de nous, pour la connaissance du bien et du mal. Empêchons-le maintenant d'avancer sa main, de prendre de l'arbre de vie, d'en manger, et de vivre éternellement. »

Ainsi, les religions millénaires placent le désir et la connaissance au centre de l’acte créateur divin. Une fois la dualité projetée, le sentiment de séparation et la souffrance s’en suivent : la fusion dans l’Un prend fin et nous sommes chassé du paradis originel. L’être humain, qui possède en lui une profonde nostalgie de cette unité originelle tente alors de la retrouver.

Le paradoxe

Bien que la motivation des religions millénaires, trouver le bonheur, soit saine, n’est-ce tout de même pas paradoxal de s’employer à se détacher du désir, alors qu’il est le fondement même de notre existence ? En tant qu’individus, nous sommes nés d’un acte de désir et en tant qu’humanité, c’est le désir de Dieu qui est la cause de l’univers. Le détachement du désir n’est-il pas une sorte de voie négative qui refuse la création et qui ne fait que montrer notre volonté de non-existence ?

Le moine qui ne s’engage pas dans la vie de couple et la procréation, ni dans la vie professionnelle, à certes plus temps à sa disponibilité pour pratiquer les diciplines lui permettant de s’unir à Dieu, telles que la méditation, la prière et l’étude des textes sacrés. Il n’est en outre pas exempt de désirs, mais il les a condensés en un unique faisceau, le désir de Dieu. Il n’est pas non plus en dehors de la vie et de la création, car il peut produire des œuvres dans divers domaines tels que la philosophie religieuse, le dessin ou l’artisanat. Mais il refuse tout de même de s’engager dans la continuation de l’espèce, qui est finalement, selon les mythes traditionnels, « voulue » par la divinité.

Le chemin du détachement proposé par les religions millénaires est un chemin d’approche transcendante qui semble négliger l’immanence. Il est possible toutefois que ces religions antiques n’aient tout simplement pas pu honorer le désir fondamental qui est à l’origine du monde, car il leur manquaient une donnée fondamentale : une théorie de l’évolution !

L’hypothèse évolutive de la co-création


La notion de l’évolution de la vie et de l’univers est très récente dans l’histoire de l’humanité : 200 ans tout au plus. Ce n’est finalement qu’à partir du 19ème siècle que des théories sur l’évolution peuvent être acceptée (Darwin, Lamarck). Jusque-là, la pensée dominante en Occident était celle du Christianisme et le mythe de la Genèse était perçu comme une réalité historique. Nous pensions que l’être humain avait été créé comme tel par Dieu et certainement pas qu’il était le résultat d’une cellule flottant il y a quelques milliards d’années dans une soupe primitive. De nombreux créationnistes (protestants américains) doutent d’ailleurs toujours de la théorie de l’évolution. Il y a dans le Christianisme la notion de début et de fin de l’humanité, imagée par le mythe de la genèse et de l’apocalypse, mais l’entre deux, c’est-à-dire l’histoire de l’humanité est peu pensée en terme évolutif. Nous avons été chassé du paradis et nous devrons rendre des comptes au moment de l’apocalypse, lorsque Dieu en aura assez de nos errances et de nos péchés.

Dans l’Hindouisme et le Bouddhisme la notion d’évolution de l’humanité est également absente, bien qu’il y ait l’idée de plusieurs humanités ayant existé. L’Hindouisme propose une vision de l’évolution collective basée finalement sur celle de l’individu : nous passons collectivement d’un âge d’or – l’enfance- à l’âge de fer – le vieil âge et la mort- ou l’humanité est détruite et laisse place à l’humanité suivante. Il n’est pas fait référence à une évolution faite de sens et de développement vers plus de conscience ou de complexité, bien au contraire, leur point de vue nous laisse avec l’idée d’une sorte d’éternel recommencement, comme un même film qui serait projeté dans une salle de cinéma, mais pour un public qui change. S’ll y a évolution, elle s’entend principalement en terme individuel : l’être se réincarne tant que le désir est en lui. Il passe ainsi de corps en corps jusqu’à ce que le désir de vivre s’estompe et s’oriente uniquement vers la divinité. L’être sort alors du cycle des renaissances et s’unit à Dieu.

Quoi qu’il en soit, la notion d’évolution, avatar de la pensée moderne et rationnelle-scientifique, comporte une donnée nouvelle par rapport aux mythologies des religions millénaires : l’homme est le résultat d’une formidable histoire, faite de milliards de transformations, depuis l’apparition de la vie sur terre (3,5 milliards d’années), ou si nous remontons plus en avant dans le temps, depuis le big bang (env. 14 Milliards d’années).

Il est certain que la notion de l’évolution est une perspective ou une hypothèse  qui n’est pas définitive et il serait  donc dommage de l’ériger en vérité absolue, car la science ne ferait alors que se montrer aussi dogmatique que les religions millénaires l’ont parfois été. Mais la notion de l’évolution remet en question la manière dont nous avons perçu Dieu jusqu’à présent, ce que de nombreux intégristes de différentes religions ont bien compris. En Occident par exemple, nous assistons à un combat entre les tenants des religions millénaires et les scientifiques. Les premiers s’attachent à une lecture litérale des textes traditionnels, car ils sont la parole de Dieu révélée à l’homme. Il est hors de question pour eux d’imaginer que ces textes représentent la perception que l’homme a eu de la divinité à un moment donné de son histoire et de son évolution, car l’évolution de l’homme n’est simplement pas une fonction existant dans leur système de pensée.

Quant aux tenants de l’approche scientifique, ils ont pu conceptualiser librement, depuis la consécration de la vision scientifique en Europe, l’univers et le monde sans une quelconque divinité. Cette liberté de pensée, chèrement acquise, nous a collectivement permis de nous émanciper d’une pensée chrétienne unique et rigide. Mais nous avons peut-être collectivement jeté le bébé avec l’eau du bain en éliminant la notion de la divinité.

Ces deux positions que sont l’athéisme scientifique et le fondamentalisme religieux sont finalement assez semblables, car les deux se refusent à penser la divinité. La position qui me convient le mieux et qui heureusement se développe dans quelques cercles religieux et scientifiques est celle qui considère que la notion de Dieu, en ce qu’elle représente le mystère et ce qui nous dépasse, doit se transformer au contact de la connaissance scientifique. La spiritualité et la science ne s’excluent pas, mais peuvent se fertiliser.

La co-évolution

Il existe actuellement de nombreuses théories de l’évolution. Nous pouvons les classer en différents groupes selon leur mode de pensée :
1.    Les Néo-darwinistes
2.    Les Darwinistes progressistes
3.    Les Collectivistes
4.    Les théoriciens de la complexité
5.    Les Directionalistes
6.    Les Philosophes du processus
7.    Les Intégralistes
8.    Les Evolutionnistes conscients
9.    Les Transhumanistes
10.    Les Défenseurs de l’ « intelligent design »
11.    Les Evolutionnistes théistes
12.    Les Créationnistes
Source : Magazine WIE, « The mystery of evolution »

Ces approches se placent à différents endroits d’un spectre dont les pôles sont d’un côté les scientifiques « dures » (Néo-darwinistes) et  d’un autre les religieux fondamentalistes (les Créationnistes). Je place les Créationnistes dans ce spectre, même si leur approche n’est pas une théorie de l’évolution, dans le but de montrer les deux pôles scientifiques et religieux.

En ce qui me concerne je vais adopter un point de vue médian qui se base sur les découvertes scientifiques et qui intègre la notion de Dieu tout en la faisant évoluer. Selon ce point de vue, Dieu est à la fois un principe hors du temps et de la manifestation, mais aussi le principe dynamique de l’expansion de l’univers et de la vie sous toutes ses formes.

Nous pouvons imaginer que la divinité se déploie dans la matière  qui se dirige vers une plus grande complexité et aussi un accroissement de la conscience. Cela implique que l’évolution a un sens et une direction. L’homme participe de cette évolution, comme toutes les autres « structures » de l’univers allant des atomes aux galaxies. Il porte en lui la tâche de l’accroissement de la complexité et prend consciemment part à l’évolution.
En somme, le sens de la vie humaine ne serait plus uniquement de s’extraire de ce monde, comme c’était le cas dans les mythologies des religions millénaires, mais également de participer à l’intérieur même de la dualité au développement de la conscience et du cosmos.
L’union avec la divinité que nous pouvons réaliser grâce aux outils que sont la méditation et la prière ne serait alors qu’une partie de l’équation et ne consisterait qu’à nous remettre en contact avec une source régénérante nous permettant ensuite d’agir avec plus de conscience dans le monde de la dualité en vue de l’accroissement de la conscience et de la connaissance.
Nous pourrions faire le parallèle suivant : durant la nuit nous sombrons dans l’inconscience du sommeil, inactif et passif envers les affaires du monde. Puis, le jour venu et nos batteries rechargées, nous nous engageons dans diverses activités. L’union et la paix ressentie lors de la méditation serait une sorte de sommeil conscient, mais en aucun cas le but de la vie humaine. Le retour aux affaires du monde, mais dans le but de participer consciemment à l’évolution de notre monde en serait le complément indispensable.

Conclusion

Si une telle conceptualisation de l’univers, de Dieu et de l’homme fait sens, il devient alors urgent de ne plus regarder le désir que comme une source de chute, mais bien comme une formidable énergie qui nous nous permet de participer à l’impulsion et l’intention de la divinité. Il est alors de notre intérêt à tous de développer une théorie et une pratique du désir qui soit positive.
Or il existe à l’heure actuelle un manque cruel de ce genre d’approche. La deuxième partie de ce texte se centrera sur les différentes approches « positives » que l’humanité a développé jusqu'à ce jour, autour de la notion du désir.  J’essquisserai également un chemin possible qui réalise une union entre le détachement et l’engagement dans le monde des désirs.

 





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La Loi de l'Attraction
01/01/2009 14:48:20
La Loi de l'Attraction


Depuis quelque temps, le concept de la loi de l’attraction fait parler de lui dans les médias et les librairies, remportant un vif succès auprès du public. C’est en 2006, avec la sortie du film « Le Secret » que cette loi de l’attraction a commencé à être connue. Le film de Rondha Byrne a d’abord ciruclé sur des sites internet anglophones et ce n’est que plus tard qu’il est passé dans les salles de cinéma.

Rondha Byrne s’est en grande partie inspirée de la médium américaine Esther Hicks qui chanelle une « entité non physique » du nom d’Abraham. Cette entité parle depuis de nombreuses années du principe de la loi de l’attraction. Esther Hicks a été approchée par Mme Byrne pour être un des personnages clés du film « Le Secret », mais elle n’y apparaît finalement que très peu étant donné qu’elle s’est trouvée en désaccord avec la manière superficielle de présenter la loi de l’attraction dans le film.

Les principes de la loi de l’attraction

J’utiliserai dorénavant le diminutif LOA pour la loi de l’attraction, qui est une condensation de l’anglais « Law of Attraction ».

Les fondements de cette loi sont simples à expliciter :

Nous sommes des êtres non-physiques qui avons décidé de nous incarner dans le monde de la matière afin de découvrir et d’apprendre à créer notre propre réalité. Ce que nous désirons, nous le créons. Le problème est cependant que nous ne maîtrisons qu’en partie l’être que nous sommes et que nous créons beaucoup de choses que nous ne désirons pas. Il nous faut donc apprendre le processus de la création consciente ou délibérée.

Cette manière de voir le monde implique que nous sommes responsables de chaque événement qui nous arrive : nous l’avons créé, consciemment ou inconsciemment. Ceci implique que nous ne sommes jamais victimes, si ce n’est de nous-mêmes ou plus précisément de notre manque de connaissance dans le processus de création.

La Loi de l’Attraction stipule simplement que ce que nous désirons vient à nous. Si nous pensons que la vie est difficile, c’est la difficulté qui vient à nous. Si nous pensons que nous sommes dans l’abondance, c’est l’abondance qui vient.

Mais comment comprendre alors que notre vie est pleine d’événements que nous ne désirons pas ? L’explication donnée par Abraham est que si nous pensons à ce que nous ne voulons pas, notre pouvoir créateur se focalise sur ce concept et par la LOA, c’est ce que nous obtenons. Si je pense que je ne veux pas rater mon examen de conduite et que je pense aux conséquences négatives que cela aurait sur ma vie, mon pouvoir créateur se centre sur l’échec et non la réussite et c’est ce que j’obtiendrai vraisemblablement.

Abraham nous propose donc d’appliquer un processus en trois phases :

1. Définir clairement ce que nous désirons en termes positifs
2. Ressentir l’émotion positive associée à la réalisation de ce désir, comme s’il s’était déjà réalisé
3. S’ouvrir aux événements extérieurs (rencontres, situations) et suivre notre guidance intérieure, c’est-à-dire choisir ce qui nous apporte la joie.

Analyse psychologique du système de la Loi de l’Attraction

Les éléments positifs

Il faut signaler tout d’abord que la LOA se base sur un principe bien connu de l’hypnose et du Nidra Yoga, à savoir que l’inconscient ne connaît pas la négation. Le message « je ne suis pas malade » équivaut au message « malade ». Il est donc important que le message que nous formulons sous hypnose, état de conscience où notre mental est hyper réceptif, soit de nature positive, tel que « je suis en pleine santé ». Le système de la LOA nous rend sensible à cette dimension essentielle du fonctionnement de notre mental.

De plus, La LOA nous demande de créer une image mentale claire de ce que nous désirons. Cet élément est important, car nous savons trop souvent ce que nous ne voulons pas tout en ayant de la difficulté à définir ce que nous désirons. Or comment obtenir quelque chose sans savoir clairement ce que cette chose est ?

La pensée claire de ce que nous désirons doit s’accompagner d’une émotion positive, car cela est censé décupler le pouvoir de la pensée. Si mon désir est d’avoir des relations harmonieuses avec mon entourage, il faut que j’associe l’émotion de joie que cela me procurerait. Ainsi, je créé l’image mentale de relations profondes et harmonieuses et je ressens ici et maintenant la joie. N’est-ce pas extraordinaire  de finesse ? Il y a dans ce processus une réelle « gestion des émotions » : nous pouvons ressentir de la joie maintenant et peu importe si ce que nous désirons est déjà matérialisé ou non. Et que la loi de l’Attraction fonctionne ou pas, nous sommes certainement tous intuitivement d’accord que lorsque nos émotions sont positives, la vie nous est plus facile et que nous rencontrons moins de résistance.

La LOA implique que nous sortions de la position de la victime. Cette position est parfois confortable, car elle nous permet de ne pas nous sentir coupable et de recevoir l’attention de l’entourage, mais elle nous enlève également le pouvoir de transformation que nous possédons. Or la psychologie Occidentale a montré depuis de nombreuses années (voir Seligmann par exemple et son concept de « learned helplessness ») que si l’être humain se sent impuissant, il sombre rapidement dans la dépression, l’auto-destruction et le suicide. Le système de la LOA nous dit que nous sommes des créateurs et que nous avons le pouvoir de créer dans notre vie ce que nous désirons. Que cela soit vrai ou non, cela a sans aucun doute le bénéfice de nous placer dans une position de puissance essentielle à notre développement et bien-être.

Les dangers de la Loi de l’Attraction

Le plus grand danger de la LOA est à mon avis qu’elle peut amener à une régression vers la pensée magique. En effet, lors du développement de son psychisme, l’enfant passe par une étape où il est persuadé que tout ce à quoi il pense va se réaliser. S’il désire que ses parents meurent afin de prendre leur place et de pouvoir vivre à sa guise, il se sentira effrayé que sa pensée se réalise. Chez l’adulte, le trouble obsessionnel compulsif rejoue cette période du mental de l’enfant où il craint que ce qu’il pense ne se réalise.

Dans le développement  du mental de l’être humain, l’étape qui consiste à s’autoriser à penser n’importe quelle forme de pensée, est cruciale. C’est cette étape qui nous a permis en tant que culture de nous émanciper de la religion et de sa forme de pensée unique Cette capacité de penser qui ne se limite plus à la superstition a ouvert les portes à la science et à une nouvelle étape dans l’histoire de l’humanité. Il est en effet plus raisonnable de penser que s’il n y a pas de pluie, c’est une question atmosphérique, plutôt que de sacrifier une jeune vierge à un quelconque Dieu afin de s’assurer qu’il fasse tomber la pluie.

La LOA risque donc de stimuler une forme de pensée pré rationelle toujours présente en nous, même si elle a été supplantée par une forme plus complexe. Un effet négatif de cette forme de pensée magique se voit régulièrement dans les médias ou nous apprenons que telle personne ou groupe refuse de guérir un malade avec les moyens de la médecine moderne et qu’il n’utilise que le pouvoir de la pensée. Ces entreprises sont généralement couronnées de peu de succès. Nous pouvons tous comprendre la colère et la défiance de l’être humain envers la science qui est, comme tout objet, à double tranchant. Mais ce n’est en aucun cas en nous réfugiant dans la pensée magique et pré rationelle que nous arriverons en tant que civilisation à nous développer. Il nous faut au contraire développer une pensée post rationelle, qui intègre la rationalité tout en la dépassant.

Un système circulaire

Un des autres dangers du système de la LOA est qu’il ne peut pas être prouvé comme faux. En effet, le fait que nous pouvons créer tout ce que nous désirons dans notre vie est présenté comme une vérité absolue, qui nous vient d’une entité non-physique, donc insaisissable, qui se manifeste à travers une médium. Si nous affirmons avoir essayé en toute bonne fois d’appliquer le système de la LOA on se verra répondre que ce n’est pas la Loi de l’Attraction qui est fausse, mais nous qui n’arrivons pas encore à l’appliquer. C’est un système qui n’a jamais tort, et s’il y a disfonctionnement, c’est que nous ne nous y prenons pas de la bonne manière.  Les systèmes de pensée de ce type-là  contiennent à mon avis le potentiel de devenir dangereux pour la liberté et la puissance de l’être humain.

Conclusion



La Loi de l’Attraction et le système de pensée qui l’entoure comportent de nombreux bénéfices psychologiques. Ils nous aident à clarifier ce que nous voulons, nous apprennent à ressentir les émotions positives ici et maintenant, nous ouvrent à la gratitude et à la confiance en la vie et nous donnent un sentiment de pouvoir.

Mais ce modèle est aussi potentiellement dangereux si nous ne sommes pas fermement établis dans la pensée rationnelle. En effet, les personnes dont la structure de pensée est encore marquée par la pensée magique peuvent facilement sombrer dans des dérives coûteuses en souffrance.

Je dirais finalement que ce modèle pourrait nous aider à dépasser la pensée purement rationnelle. Cette pensée, scientifique dans son essence, tend à douter de ce qui n’est pas tangible et à sous-estimer le pouvoir de la pensée de l’être humain. La science s’est occupée à développer des connaissances sur le monde extérieur et sur la biologie de notre corps, mais elle a oublié momentanément de développer une science du monde subjectif et intérieur.

Le moment est venu pour nous, tout en restant établis dans la pensée rationelle, de redécouvrir le pouvoir créateur que nous possédons en tant qu’être humain. Le rejet complet de la Loi de de l’Attraction par les autorités établis dans la pensée rationnelle ne ferra que la mettre dans les mains de personnes évoluant dans la pensée magique.

La pensée est en constante évolution et il est certain que la pensée scientifique et rationelle n’est pas la fin de l’évolution. Nous entrons lentement mais sûrement dans le monde de la pensée post-rationelle, grâce en partie aux découvertes scientifiques.

Je pense qu’il nous faut explorer cette Loi de l’Attraction, avec toute notre énergie, tout en laissant la place au doute sain, afin de faire évoluer notre compréhension de son fonctionnement.

Je l’explore en solitaire et si vous de votre côté avez des découvertes à partager, n’hésitez pas à me contacter.

Je vous souhaite une bonne année 2009, faite d’exploration et de joie




© 2008-2012 Copyright Patrick Hertzschuch
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le pervers narcissique dans l'entreprise
15/11/2008 20:23:55
Voici le premier d'une série de textes sur les personnalités problématiques dans l'entreprise. Il met en évidence comment la pathologie d'une personne contamine l'entreprise. Je traiterai plus tard du phénomène inverse: comment l'entreprise peut rendre ses employés malades.





Le pervers narcissique dans l’entreprise







L’objectif de toute entreprise est l’efficacité et celle-ci se base en grande partie sur ses employés et ses managers, mais également sur ce que nous appelons la culture d’entreprise : une micro société avec ses connaissances, son ethique et une politique qui lui est propre. Il arrive fréquement qu’une personne puisse rendre cet « espace culturel » toxique et qu’elle réussisse à détruire  la motivation et les valeurs des employés, menant des équipes entières vers des dysfonctionnements manifeste.
Le pervers narcissique est une personne qui a cette capacité et je me propose de décrire ici sa psychologie, sa souffrance, les effets néfastes qu’elle produit autour d’elle, comment elle précipite sa propre chute et comment l’entreprise se doit de la traiter.

Le pervers narcissique

Pour Paul-Claude Racamier (1924-1996), psychanalyste français, le pervers narcissique a la capacité et trouve plaisir à éviter ses conflits intérieurs en les projetant dans son environnement tout en utilisant l’autre comme un objet afin de se faire valoir. Imbu de lui-même,  il ne peut traiter l’autre que comme un objet qu’il manipule, contrôle et finit par détruire. On retrouve chez le pervers narcissique des comportements du psychopathe ainsi que de la personnalité anti-sociale, c’est-à-dire qu’il peut sans autre mentir, faire du mal et contourner les lois sans en éprouver de la culpabilité.

Voici une liste de ses traits de personnalité et des exemples de comportements:
 
comportements et symptômes
    

Le drame intérieur du pervers narcissique

Malgré le mal que ces personnes occasionnent autour d’elles et leur apparent manque de culpabilité, elles vivent une souffrance intérieure intense. En effet, personnages intelligents, ils savent qu’ils sont incapable de créer de vrai liens, que cela soit en amitié ou en amour. Leur désir d’être  simplement aimé pour ce qu’ils sont est à jamais frustré et ils se sentent bannis de la vie, du lien et de l’amour. Le fait qu’ils ne peuvent concevoir l’autre que comme un objet et non comme un être humain vivant, procède de ce qu’ils ne perçoivent plus leur propre humanité  depuis bien longtemps : ils se perçoivent eux-mêmes comme un objet, souvent vide, et sans droit fondamental à vivre une vie faite de sens et de beauté.

Le drame extérieur et les effets sur l'entourage

Le contrôle et la manipulation est leur stratégie première et  les relations sociales ou professionnelles qu’ils entretiennent ne sont basées que sur la fragilité psychologique des individus qu’ils rencontrent. Ces proies ou victimes, sont prises dans un cercle infernal qui oscille entre la peur des comportements psychopathiques et la pitié face au vide qu’ils ressentent chez le pervers, avatar de leur pouvoir de séduction. Mais le résultat pour l’entourage est sans appel : épuisement, colère et dépression. Le pervers narcissique emmène avec lui son entourage loin de la source de vie et de beauté qui est au centre de la vie humaine. L’autre plonge lentement mais sûrement à la périphérie de sa propre existence. C’est pour lui une mort lente, la mort de sa vitalité, de son éthique et du sens profond de son existence.
Si le pervers narcissique dirige une équipe, celle-ci oscille entre la colère, la dépression et une position paranoïaque due au climat de manipulation qui règne dans le sillage du pervers. Les gens se méfient les uns des autres, la colère contre le pervers est projetée dans le champ relationnel des employés et l’équipe s’emmure dans une attitude de soummision malsaine sans plus pouvoir fonctionner comme un groupe de travail à proprement parler : la vérité est remplacée par le mensonge et le groupe et ses individus plongent dans un état de stupeur et de dépersonalisation. Plus personne ne sait distinguer le vrai du faux et les individus formant l’équipe s’éloignent de leur joie de vivre et de leurs intuitions fondamentales. Nous pouvons dire que le pervers contamine tout son entourage qui devient alors toxique : la folie gagne  les membres du groupe qui s’installent progressivement dans une attitude schizo-paranoïde (séparation du lien de vie et méfiance).

Comment gérer le pervers narcissique

Il n’existe malheureusement pas de traitement valable pour ce genre de maladie psychique et la seule option est bien de licencier ou de quitter le plus rapidement l’environnement toxique qui entoure le pervers. Cela peut être difficile si l’on prend en compte que les individus dans leur entourage sont épuisés et ont perdu leur élan vital et éthique : ils sont comme hypnotisés. C’est donc bien un acte de survie qui doit se produire, coûte que coûte.
Lorsque le pervers narcissique occupe une fonction managériale dans l’entreprise, son intelligence et ses bons résultats financiers le font parfois passer pour un bon élément auprès de ses supérieurs qui préfèrent alors fermer les yeux sur ses pauvres capacités humaines et les plaintes de l’équipe. Mais la toxicité de l’environnement est telle qu’elle finit inévitablement par se manifester au grand jour. Le pervers narcissique est alors déplacé ou remplacé. Mais le mal est fait et il faut généralement plusieures années à une équipe pour retrouver un fonctionnement sain et une confiance de base dans les relations humaines.
Ainsi, c’est de l’ordre du devoir de l’entreprise me semble t’il de prendre au sérieux les plaintes des collaborateurs et d’effectuer une analyse précise des comportements de la personne visée, en utilisant le cas échéant un observateur extérieur. Laisser un pervers narcissique dans une position de manager est une erreur qui côutera cher à l’entreprise à moyen terme : perte d’efficacité, démotivation, démarches vers les tribunaux.


Au-dessus des lois, mais pas de la loi

Les victimes de ces personnages, que cela soit des équipes entières ou des individus, se sentent souvent peu aidés par les lois humaines que le pervers manie avec excellence et expérience. Si justice est faite, elle ne peut en aucun cas remédier à la souffrance psychologique qui a été subie, raison pour laquelle la victime se sentira lésée.

 Deux éléments sont à considérer ici :

1)    le pervers narcissique accumule des ennemis avec le temps. Si l’entreprise a fermé les yeux durant un certain emps, la société élargie  comprend bien vite qu’il est une menace pour la cohésion sociale, en ce qu’il a perdu le lien avec le fondement de la vie. Le groupe finit inévitablement par bannir le pervers du champ social.
2)    Même si les lois peuvent être manipulées par le pervers, il ne peut en aucun cas manipuler une loi fondamentale : en attaquant la vie et le lien social, le pervers se bannit lui-même. Il perd son humanité et ses efforts répétés pour la retrouver, à travers le contrôle de l’amour de l’autre,  sont voués à un échec certain et définitif. Il est son propre bourreau.

A travers mon expérience de psychologue, j’ai soutenu de nombreux clients qui ont eu à faire à de telles personnes, que cela soit dans leur vie personnelle ou au sein de l’entreprise. Mon axe de travail est toujours le même :
La première et plus importante des victoires est de sortir du champ d’influence du pervers narcissique. C’est là le point essentiel auquel de nombreuses personnes ne font pas assez attention.
La seconde victoire consiste à dépasser la colère, car elle nourrit le lien avec le pervers et je dirais même qu’elle nourrit le pervers lui-même : il mesure l’attachement de l’autre à la colère que celui-ci lui manifeste, et la haine qu’on lui voue lui donne un sentiment de pouvoir et un semblant d’existence. Cette colère peut être aisément dépassée si l’on considère le vide intérieur profond et l’absence du vrai que vit le pervers : il n’est pas vrai, n’a pas de vraie relations et n’appartient finalement pas au cercle des individus qui s’unissent pour créer du lien et de la culture.

Conclusion

Il est important que l’entreprise prenne en compte les dangers que représentent ces personnes et, qu’après analyse, son action soit rapide et sans appel. Si l’entreprise ne joue pas son rôle d’environnement régulateur, le dernier recour de l’employé est de s’extraire au plus vite de cet environnement toxique, malgré la peur qu’il peut avoir de ne pas retrouver un emploi, car les risques à long termes sur sa santé psychique sont immenses et couteux.
Mais au final, la vraie victime du pervers narcissique n’est autre que lui-même, car chacun de ses actes l’éloigne de la vie, du vrai, du beau et de l’éthique et malgré les refoulement qu’il met en place pour ne pas ressentir cet exil qu’il s’impose, il reste néanmoins poursuivit par l’angoisse et le vide. Il cherche ultimement à se faire arrêter, car il sent au tréfond de lui-même qu’il est une menace pour le lien qui unit les êtres sociaux. Avec le temps le nombre de ses ennemis augmente et il fini toujours par se faire bannir de la société.

 

 
 
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Méditation et psychologie
30/10/2008 23:06:08


Voici un article sur la méditation et la psychologie Occidentale. C'est le premier et le plus généraliste d'une série d'articles sur ce thème. Vos remarques sont les bienvenues.
 



LES APPORTS DE LA MEDITATION A LA PSYCHOLOGIE OCCIDENTALE








1) Qu'est-ce que la méditation?

Quelques définitions

La définition de la méditation selon l'Hindouisme est la concentration sans effort du mental sur un objet unique, tel qu'une image mentale, la respiration, les sensations ou encore un son. L'image appropriée à cette définition est celle d'un filet d'huile qui coule d'un récipient à un autre: l'huile coule régulièrement et sans à-coup. Tant qu'il nous faut fournir un effort afin de  maintenir  notre attention sur l'objet de méditation, les Yogi estiment que nous pratiquons la concentration, qui est une étape préliminaire à la méditation à proprement parler.
L'attention quant à elle est une forme de concentration plus diluée et moins intense qui est généralement considérée comme une pratique préparatoire à la concentration.
Le terme « objet de méditation » est à prendre au sens large du terme, en ce qu'il désigne notre sujet de concentration. Cet objet peut être une image mentale, une phrase répétée (mantra), la respiration, une partie de notre corps, une émotion, un son, etc...

Pour les  Chrétiens la signification du mot « méditation » diffère de la définition asiatique. En effet, ils définissent ce terme comme une réflexion sur un sujet d'ordre spirituel ou religieux.  La méditation « asiatique » équivaudrait à la « contemplation » des Chrétiens.

Nous pouvons donc dire que de nombreuses techniques dites de méditation sont en fait des pratiques qui développent l'attention et la concentration et  qui ont pour but de préparer l'aspirant à la méditation, expérience spontanée et plus rare qu'on ne le pense. Nous utiliserons cependant le terme méditation au sens large, tel que défini par Shapiro et Walsh: « un ensemble de techniques qui ont en commun de tenter consciemment de fixer l’attention d’une manière non-analytique et d’éviter de s’attacher à des pensées discursives ou ruminatives. » (Shapiro & Walsh,1984, p. 6). Cette définition de la méditation inclut donc les pratiques de l'attention et de la concentration.

2) Quelles sont les techniques de méditation ?

Il existe d'innombrables techniques de méditation qui se distinguent par leurs formes et leur objectifs. Elles visent cependant toutes à calmer le mental, à développer le muscle qu'est notre faculté de concentration et à nous apporter la connaissance de nous-mêmes ainsi que la paix. Nous pouvons  classer ces techniques en deux grand groupes.

1) Les techniques de concentration sur un objet imaginé ou visualisé (Mantra, visualisation, sophrologie, Yoga Nidra, Ignace de Loyola, prière.)
Le méditant choisit une image mentale, telle qu'un Saint ou un objet qui éveille le calme (une fleur, un mandala, un paysage, un lieu calme) et il maintient fermement cette image dans son mental. Dès qu'une pensée, une image, un son ou une sensation corporelle vient à sa conscience et qu'il est tenté de suivre cet objet, il ramène son attention sur l'image choisie.

2) Les techniques de présence (Vipassana, Zen, Mindfulness)
Ces méthodes utilisent comme objet de méditation un élément disponible dans l'expérience présente du méditant, tel que la respiration, les sensations, le flux continu des pensées ou les sons. Il n' y a là pas de création d'image mentale, mais bien une concentration sur un objet qui est présent.

Notons que ces deux techniques procèdent de 2 perspectives différentes:
les techniques de visualisation semblent suivre un mouvement transcendental et dynamique qui s'élève de notre condition dissipée pour atteindre l'union et la concentration au-delà du monde sensible.
Les techniques de présence, quant à elles, s'efforcent de nous « incarner » et de nous faire prendre conscience de ce qui est ici et maintenant

Il n'est pas rare que les pratiquants de ces différentes techniques s'affrontent philosophiquement, chacun estimant que sa technique est la meilleure. Il est certains qu'elles comportent des différences importantes surtout dans les stades préliminaires, mais il est finalement sage de dire qu'elles mènent ultimement au même point.

Les critiques sur les méditations avec visualisation portent sur le fait qu'elles visent à créer un état qui n'existe pas de prime abord et que cela pousserait le méditant à fuire son présent afin de s'immerger dans une joie artificielle, qui s'éteindra automatiquement lorsqu'il aura cessé de méditer. Les disciples des techniques de présence estiment qu'il est important de partir de notre état actuel, sur le plan émotionnel, mental et physique.
Les disciples des techniques de visualisation estiment pour leur part que ces critiques sont infondées, car s'ils créent bien une image mentale, ils l'utilisent comme support de méditation. La concentration amène à la joie qui  n'est nullement artificielle, mais bien présente en nous et qui se libère soudainement. D'autre part, la joie n'est pas l'objectif de ce genre de méditation, mais plutôt un effet qui se manifeste lors du processus de méditation. Le but de cette technique est la disparition de la dualité entre le sujet et l'objet et nullement la joie qui est une sorte « d'accident de parcours ».
Il existe également des techniques qui mélangent ces deux approches et n'y voient pas d'opposition, mais bien plus de la complémentarité.    
Nous pouvons dire que le choix de la méthode dépend en grande partie de la personnalité et de la psychologie du méditant, mais que les deux techniques devraient être ultimement explorées. En effet, ce n'est qu'en développant notre attention au monde qui nous entoure, mais également à ce qui est au-delà du sensible, que nous atteindrons la complétude de notre être.

3) Les effets de la méditation

Nous allons répondre à cette question selon le point de vue occidental qui est manifestement basé sur l'approche scientifique, à savoir ce que l'on peut mesurer. Il est à noter qu'il s'agit d'un domaine d'étude récent pour l'occident (75 ans environ) et que les recherches sont actuellement en pleine expansion. Nous verrons également le point de vue oriental qui se base aussi sur une approche empirique, mais plus subjective.

4) La perspective Occidentale

les effets sur le corps:

la méditation protègerait contre la maladie d'Alzheimer
elle diminue les troubles cardio-vasculaires
et donc le stress
elle augmente la durée de vie des patients atteints d'un cancer
elle agit comme un anti-douleur dans les maladies infligeant des douleurs chroniques

Les effets sur les émotions:

elle diminue la présence des émotions négatives telles que la tristesse et la colère
elle active des centres du cerveau liés au sentiment de bonheur

Les effets sur les troubles psychologiques:

elle aide à éviter des rechutes dans la dépression
elle améliore les troubles alimentaires (boulimie, anorexie)
elle augmente l'estime et la confiance en soi
elle diminue sensiblement les troubles du sommeil

Il est également probable que la pratique de la méditation développe notre faculté à changer de perspectives et à adopter une souplesse dans le rapport que nous entretenons avec nous-même, les autres et le monde. En effet, lorsque le processus de méditation est sufisamment avancé, le pratiquant découvre qu'il a des pensées, mais qu'il n'est pas sa pensée, c'est-à-dire qu'il commence à développer une perspective plus souple par rapport à ce qu'il croit. Par exemple, lorsque la pensée « quoi que je fasse ça ne sera pas suffisant » surgit, le pratiquant n'y accorde pas de validité, mais perçoit cette pensée comme une production de son mental qu'il peut alors laisser passer.  

5) La perspective Orientale

Nous résumons ici les points de vues orientaux des approches théistes et non théistes.

La méditation mène à l'illumination, au nirvana, donc à la fin de la souffrance et au cycle de la naissance et de la mort
elle mène à l'unité entre le sujet et l'objet et donc à l'union avec Dieu







LA MEDITATION ET LA PSYCHOLOGIE OCCIDENTALE






1) Contexte de la psychologie occidentale

La psychologie occidentale est plus ou moins née au 19 ème siècle avec Muller, Fechner et Wundt, et leurs efforts de mesurer les effets psychologiques des stimulations sensorielles. Puis des médecins (Kraepelin, Janet, Charcot, Freud, Jung) se sont intéressés aux troubles psychologiques et aux moyens de les guérir. L'objet d'étude de la psychologie est à cette époque l'individu dysfonctionnant.
Certains auteurs, comme Piaget, ont étudié le développement de la connaissance et de l'intelligence en observant les enfants.

Durant ces premières années et jusqu'à nos jours, nous avons développé une cartographie exceptionnelle des troubles psychiques et du développement humain, tout en ne possédant que peu de données sur l'individu adulte qui fonctionne bien, voire mieux que la norme.
Il faut attendre les années 60, avec Carl Rogers, pour que la psychologie dite « humaniste » ouvre la voie vers le développement de la personne au-delà d'un fonctionnement simplement normal ou normé. C'est à cette époque également que des gens comme  Stanislav Grof, John C.Lily,  Timothy Leary ou Gregory Bateson commencent à étudier les états de conscience modifié chez des gens « normaux ». La recherche est lancée et la psychologie peut s'émanciper de son champ restreint d'observation du trouble psychique pour s'aventurer sur le terrain des états de conscience modifiés mais pas forcément pathologique.

La méditation est alors étudiée et pratiquée en occident, surfant sur la vague hippie de la fin des années 70. La psychologie transpersonnelle apparaît  et se veut l'école de psychologie qui rallie tous les chercheurs  convaincus que les états de conscience modifiés ne constituent pas forcément une régression pathologiques, mais peuvent être des états au-delà de l'ego qui montrent le futur de l'homme.

2) Christianisme, méditation et psychologie

Il existe diverses techniques de méditations dans le Christianisme et nous pouvons nous demander comment cela se fait qu'elles n'aient pas influencé et intéressé la psychologie.
Ces techniques existaient probablement bien avant le Christ, mais des descriptions précises ne nous sont parvenues qu'après lui. Citons les Pères du désert qui méditent sur la respiration en 300 après J.-C., St.Augustin, la prière du coeur, St.-François d'Assise, Sainte Thérèse d'Avila et son mentor St. Jean de la Croix, Maître Eckhart, Ignace de Loyola, etc..

Il existe deux raisons fondamentales pour lesquelles les pratiques de méditation chrétienne n'ont pas pu fertiliser la psychologie.
Tout d'abord il faut noter que ces pratiques ont été moins étudiées et conceptualisées qu'elles ne le furent dans les religions d'Asie.
L'autre facteur important est d'ordre culturel dans le sens oú l'Occident s'est séparé de la religion chrétienne depuis l'apparition de la science et qu'il garde une blessure de la domination d'une pensée unique et parfois tyrannique dont a fait preuve l'église catholique.
Ces éléments font que l'Occident s'est montré plus réceptif aux religions d'Asie qu'à sa propre religion.

3) Le contexte oriental

La méditation est considérée, en Inde par exemple, comme une activité quotidienne pratiquable par tous. Ses formes sont multiples et s'adaptent à l'intelligence et à la personnalité du méditant. Elle est un instrument intime de connection avec Dieu ou le mystère.
Les connaissances reçues lors de la méditation par les yogis ont été décrites et conceptualisées en systèmes philosophiques dont la valeur scientifique empirique est reconnue, le monde intérieur étant considéré comme un champ d'exploration valide.
La psychologie orientale a décrit les états supérieurs de conscience que nous pouvons vivre et  les a précisément cartographiés. Elle ne s'est jamais vraiment occupée des troubles psychiques, si ce n'est qu'elle estime que l'individu normal est perdu dans le monde de la souffrance et incapable de s'orienter. L'individu normal est presque considéré comme malade en rapport avec le Yogi, qui lui irradie la santé psychique et spirituelle.
Cette perspective est sensiblement différente de la nôtre, mais nous pouvons y voir une complémentarité.

4) Vers une intégration des connaissances orientales et occidentales

Ainsi, nous voyons se dessiner un domaine de connaissance extraordinaire: la psychologie occidentale apporte ses connaissances des troubles psychiques, du développement de l'être humain jusqu'à l'âge adulte et ses découvertes sur l'évolution de l'humanité (les théories de l’évolution de Darwin à Dawkins), alors que la psychologie orientale nous offre un outils (la méditation) et une cartographie des états de conscience futurs. Ces complémentarités ouvrent un champ de connaissance  et de recherche d'une incroyable richesse. C'est le sujet d'étude de la psychologie dite Intégrale.

5) Guérison ou développement?

La grande question que nous devons nous poser maintenant est de savoir si la méditation est une technique qui peut guérir le trouble psychique, question typiquement occidentale s'il en est.
A la lumière de ce que nous avons dit plus haut, la méditation n'a jamais été considérée en Orient comme une technique thérapeutique ayant pour objectif de guérir les troubles psychiques, mais bien comme un outil permettant aux gens sains de s'émanciper de la souffrance continue de la vie. La promesse de la libération de la condition humaine, offerte par les religions d'Orient et dont le vecteur principal est la méditation, se centre sur la libération de l'individu « normal ».
D'ailleurs, en étudiant les systèmes qui entourent la pratique de la méditation en Orient, nous découvrons rapidement que cette technique exige des étapes préparatoires. Si nous prenons l'Hindouisme comme exemple, la méditation fait partie dans les yogas de l'ultime technique, précédée de sept autres qui préparent l'aspirant à la rencontre avec l'Un. Ces étapes sont les abstinences, les observances, les postures de Hatha yoga, les exercices de contrôle de la respiration, le retrait des sens, la concentration, la méditation et finalement l'union. Les premières étapes ont un caractère éthique qui vise à apporter une santé psychique et relationnelle parfaite. Puis, les étapes du  Hatha Yoga et du contrôle de la respiration visent au contrôle du corps et de l'énergie vitale à travers le souffle. Ce n'est qu'une fois que la santé morale, psychologique, relationnelle, physique et énergétique de l'aspirant est totale, qu'il peut s'adonner aux techniques de méditations.
Il est donc clair qu'en Orient, la méditation est considérée comme  une technique qui porte ses fruits si le méditant est en pleine santé physique et psychique. Nous pourrions dire que ces étapes préparatoires à la pratique de la méditation consistaient en une forme de psychothérapie « à l'orientale ».
En résumé nous pouvons dire que la méditation n'est pas considérée comme un instrument de guérison des troubles psychiques en Orient pour les raisons suivantes:
l'Orient ne s'est guère intéressé à la guérison des maladies mentales
les systèmes philosophico-religieux estiment qu'il faut être sain d'esprit avant de pouvoir méditer et se plonger dans l'absolu.

6) Méditation, pensée et psychothérapie

En Occident la méditation a rapidement été vue comme un instrument de guérison potentielle. Le psychiatre et médecin américain Jon Kabat-Zinn a crée en 1979 une unité de soin pour les maladies physiques chroniques et le stress, basée sur l'utilisation de la méditation Mindfulness. Regardons, en ce qui nous concerne, ce que la méditation peut apporter pour la guérison des troubles psychiques.
 
Le premier bénéfice se situe au niveau de la pensée. En effet, les techniques psychologiques actuelles, comme la thérapie cognitivo-comportementale par exemple, tentent de transformer le monologue intérieur, souvent négatif et auto-destructeur que nous entretenons. Nous nous parlons constamment, silencieusement, et les jugements sur nous-mêmes et notre environnement défilent sans cesse. Ce monologue intérieur est plus ou moins conscient et si sa nature est négative, comme c'est souvent le cas pour  la plupart d’entre-nous, ses effets sont néfastes pour notre estime personnelle.
Les psychologues estiment que ces pensées viennent de schémas inconscients issus d'apprentissages durant l' enfance et des messages de l'environnement. Ces schémas profonds et inconscients colorent nos pensées discursives et notre monologue intérieur, maintenant un état émotionnel ainsi que des croyances sur nous-mêmes négatives et illusoires.
La technique de méditation, qui se fixe comme objectif de laisser passer les pensées négatives, positives ou neutres, aide le pratiquant à ne pas « rentrer » et nourrir la pensée: celle-ci apparaît et disparaît spontanément après un certain temps. A force de pratique, l'on se distancie des pensées qui surgissent dans le mental et l'on en vient à ne plus vraiment croire en leur validité. Cette étape est accompagnée d'un sentiment de soulagement et de calme: « j'ai des pensées, mais elles ne sont pas forcément vraies! »
Cette pratique a des conséquences positives encore insoupçonnées pour la plupart des troubles psychiques dont le climat mental est invariablement dominé par un monologue intérieur auto-destructeur et de mauvaise estime de soi, comme par exemple dans la dépression (« Je suis nulle »), la phobie sociale (« Ils pensent que je ne suis pas à la hauteur »), le trouble obsessionnel-compulsif («  je suis responsable de tout mal qui pourrait se produire »), la dépendance affective (« sans l'autre je ne pourrai pas m'en sortir ») et diverses phobies (« quelque choses de terrible va m'arriver maintenant »).

7) Estime de Soi

Un autre élément d'une importance capitale pour l'adulte considéré comme sain, ainsi que la personne malade psychiquement, est la notion d'estime de soi. Il s'agit de l'amour et de la valeur que nous nous accordons. Nous n'avons que peu d'estime pour notre corps, nos émotions et notre mental. Hor cette estime de soi est importante si nous voulons pouvoir exprimer qui nous sommes librement. Sans estime, nous ne pouvons nous autoriser de dire, de penser, de ressentir les émotions et d’exprimer qui nous sommes. Il s’agit d’une véritable expérience de castration.
La méditation nous permet de voir les pensées défiler sans les juger, quelles qu'elles soient, mais aussi de vivre des émotions comme la peur, la tristesse, sans s'y attacher et y faire intervenir le mental qui juge. Nous pouvons apprivoiser les sensations dans notre corps et ne plus en avoir peur. Nous apprenons à apprécier ce qui est et qui nous sommes, sans supprimer ou rajouter quoi que ce soit afin de paraître différent ou meilleur.
Ceci a comme effet de renforcer drastiquement l'estime de soi qui est une des causes les plus fréquentes de consultations chez les psychothérapeutes.

8) Le New Age, la méditation et la magie

Nombre d'entre nous entretient  des idées « magiques » sur la méditation, liées probablement à l'archétype du sage Thibétain méditant dans une grotte perdue dans l'Himalaya. De plus, le mouvement New Age a popularisé toutes sortes de techniques, allant de la régression dans les vies antérieures jusqu'à des méditations de guérison sur toutes sortes de thèmes. Le New Age comporte des éléments positifs tel que souvent l'absence de sectarisme et aussi une forte propension à développer les facultés du coeur, telles que l'amour et la compassion. Cependant il est aussi générateur de confusion au niveau des concepts qu'il propose. La pensée magique du petit enfant s'y mêle allègrement avec les états de conscience les plus élevés. Difficile alors de distinguer une personne qui délire d'un sage qui transmet une réelle connaissance.
Ces mouvements parlent souvent de guérison miraculeuse à travers la méditation, de médiums ou de guérisseurs. La méditation est alors perçue comme un instrument magique pouvant tout apporter et tout résoudre. Ce n'est là pas mon expérience. Je pense que bien plus souvent qu'on ne le pense, notre mental nous joue des tours et une inflation de l'égo est toujours un risque. Il est possible que des méditants de haut niveau puissent accomplir des miracles et procéder à des guérisons sur eux-mêmes ou les autres. Mais cela semble plutôt l'exception que la règle et nécessite une pratique assidue de la méditation durant de nombreuses années.

La méditation peut cependant aider les facultés physiques et psychiques de guérison à se mobiliser, même si elle ne peut éliminer à elle seule   la maladie. Une personne atteinte d'un cancer peut   accompagner sa guérison avec entre autre, la méditation, mais celle-ci ne lui apportera vraisemblablement pas la guérison. Cette même personne peut vivre une expérience de méditation profonde qui lui apporte la paix et une connaissance de la nature du moi qui pourrait la « guérir » de l'ignorance de l'identification au corps. Cet individu pourrait atteindre un état de sagesse et de détachement tel,  qu'il lui est alors possible de traverser l'expérience d'une mort éventuelle en toute quiétude.

Il en va certainement de même en ce qui concerne le conflit intérieur. Prenons le cas d'un méditant qui souffre d'abandonisme. Même s'il n'est pas en conflit avec son entourage, il porte en lui le schéma suivant:  « je ne suis pas assez bon pour être aimé, un jour ou l'autre il/elle va m'abandonner ». La méditation peut dissiper chez ce pratiquant les émotions négatives et lui apporter un sentiment de joie, de liberté et un sentiment d'amour pour soi. Cette expérience est d'une importance capitale, mais elle ne règle pas entièrement le problème dans la mesure ou le pratiquant doit également fournir un effort quotidien pour transformer son schéma mental. Il est cependant soutenu par une expérience positive et agréable qu'il a vécue et qu'il renforce quotidiennement lors de la méditation.






CONCLUSION






La méditation n’est pas la solution à tous nos problèmes, comme certains voudraient le faire croire. Elle ne nous guérit pas de tous les maux et ne nous mène pas rapidement vers un état de paix et de béatitude. Non, la méditation est une pratique ardue qui demande de la discipline.

Mais il est indéniable qu’elle nous offre une expérience « hors » du mental discursif, expérience apaisante qui nous mène à la lucidité. Elle nous apporte sans aucun doute une meilleure estime de nous-mêmes et nous aide à nous accepter tels que nous sommes. De plus, elle suscite en nous l’apparition de la joie et diminue la présence des émotions négatives.
Au niveau de nos facultés de réflexion, elle développe la lucidité et l‘attention au moment présent, augmentant ainsi nos capacités de faire face et de prendre des décisions rapidement.

La méditation ne supprime ni la pensée, ni le désir, ni l'attachement, ni les émotions, mais bien au contraire elle les rend plus vifs, fluides et  joyeux. Elle ne fait pas de nous des êtres intouchables et « zen », qui ne s'énervent pas ou qui ne font pas d'erreurs. Non, la méditation nous aide à accepter et vivre pleinement et consciemment ce que nous sommes, et même nos émotions négatives.

Elle ne nous dispense pas non-plus d’effectuer un processus psychothérapeutique, car il semble qu’elle ne puisse pas dissoudre certains nœuds psychiques, en tous cas dans les premiers stades de son processus. Ce sera d’ailleurs le sujet de l’article suivant.

La méditation est un outil gratuit, portable, adaptable qui ne requiert qu’un peu de temps et beaucoup d’attention pour des bénéfices qui en valent la peine.


 © 2008-2012 Copyright Patrick Hertzschuch
Vous pouvez librement copier ou utiliser ce texte, mais vous devez citer son auteur ou mettre un lien avec findyounow.ch



L'approche intégrale
04/02/2008 22:25:10
 Une approche épistémologique Intégrale





Notre monde post-moderne développe une somme importante de connaissances qui touchent à de nombreux domaines. Nous vivons dans un monde de « spécialistes » et la principale difficulté de l'être humain actuel est de posséder une grille de lecture qui lui permette de comprendre et  de « naviguer » dans un un monde hautement spécialisé, mais fractionné et éclaté.

La mise en lien des êtres humains et le réseautage nous offrent un potentiel immense de « cross-pollinisation ». Mais il nous faut une carte pour organiser nos connaissances afin de créer des synergies et des systèmes complexes, mais non pas compliqués.

Je propose dans ce texte une « grille de lecture » ou une « carte » qui va nous permettre de lire et d'organiser les connaissances des divers domaines actuels. Cette « carte » n'apporte pas de nouvelles informations, mais ses buts et ses effets potentiels sont les suivants:

- elle nous offre une grille de lecture qui nous ramène à la globalité et nous permet de lire le monde actuel.
- elle nous sort des conflits de chapelle et nous amène à la certitude que la connaissance et l'évolution de l'être humain post-moderne, qui se définit comme culturel, économique, biologique et symbolique, passe par la collaboration entre diverses disciplines.

Ce modèle a été développé par un philosophe américain du nom de Ken Wilber et je me propose de le présenter içi ainsi que de le commenter.

Les quatres quadrants

Cette carte de lecture est organisée en quatre axes ou quadrants:
l'axe individuel subjectif: le « Moi »
l'axe collectif subjectif: le « Nous »
l'axe individuel objectif: le « Ceci »
l'axe collectif objectif: le « Ceux-ci »

Le schéma ci-dessous montre visuellement ces quatres quadrants ou dimensions:


L'approche intégrale

1) L'axe individuel subjectif – en haut à gauche– le Moi

Cette dimension manifeste la perspective du monde subjectif que nous vivons tous. C'est la manière dont nous expérimentons notre monde intérieur, nos pensées, nos émotions et nos sensations corporelles. Rien ne peut être prouvé à ce niveau là de l'expérience étant donné que nous sommes dans le monde subjectif des pensées et des symboles

Voici quelques disciplines qui adoptent cette perspective:
-l'art
- la psychanalyse
- la recherche intérieure

Nous sommes dans le domaine du subjectif et du symbolique dont le critère de validité est le « Beau ».


2) L'axe collectif subjectif – en bas à gauche- le Nous

Nous sommes içi dans le domaine de la culture et des productions symboliques que le groupe produit.  Cela comprend la production culturelle de nos sociétés et les histoires que celles-ci se racontent. Le critère de validité de ce domaine est ce qui est « moral », c'est-à-dire acceptable par une culture donnée.

Les disciplines de cet axe sont entre autres:
- l'art
- la religion
- la culture

3) L'axe individuel objectif  - en-haut à droite – Ceci

Notre perspective se centre içi sur un individu tel que l'on peut le voir de l'extérieur: son corps, ses synapses, son taux de cholésthérole, son aspect physique.

Le critère de validité de ce domaine est scientifique: c'est le « vrai ».

C'est le domaine de:
- la médecine
- la biologie
- La neurophysiologie
- La neurobiologie

4) L'axe collectif objectif – en-bas à droite – Ceux-ci.

Cet axe s'intéresse à l'aspect collectif des phénomènes vu de l'extérieur, tel que l'observation des astres, de la société humaine d'un point de vue mesurable (statistique, économique).

Son critère de validité est scientifique et donc est le « vrai ».

Les disciplines qui explorent cet axe sont par exemple:

- L'astronomie
- L'économie
- La théorie des systèmes et la cybernétique
- Les nano-technologies

1er  exemple

Ainsi donc chaque phénomène peut être perçu selon ces quatres perspectives. Illustrons ces quatres quadrants avec l'exemple d'un confiseur.

 Monsieur X a reprit la confiserie de son père.

1) Moi: individuel/subjectif

Monsieur X peut nous expliquer son expérience de confiseur, ses difficultés et ses joies. Il pourrait nous dire que le sens de son travail est de voir le plaisir chez ses clients. Il pourrait nous raconter l'histoire de  sa confiserie qui s'est transmise de père en fils, et comment sa femme l'a quitté parce qu'il travaillait trop.

Nous sommes içi dans l'intérieur de Monsieur X, un domaine symbolique et subjectif.

2) Nous: collectif/culturel

Nous pouvons observer le rôle que joue une confiserie en Suisse en 2008. Nous pouvons étudier l'aspect symbolique culturel du chocolat, de la « douceur » et des pâtisseries: c'est un moyen d'échange, mais cela devient également dans une culture « verte » et culturellement hyper-biologique un moyen de signer son appartenance à l'évolution de l'être humain: « Nos chocolats sont 100% biologiques et nous participons au commerce équitable ».

3) Ceci: individuel/objectif
C'est là que nous observons le corps du chocolatier vu de l'extérieur. Nous allons mesurer son taux de graisses, de cholésthérole et sa tension artérielle. Nous pouvons évaluer et mesurer une quantité énorme de facteurs physiques objectifs.

4) Ceux-ci: collectif/objectif
Ici nous adoptons une perspective économique quant à la vie de confiseur de Monsieur X. Nous pouvons mesurer sa réussite financière, les quantités de cacao qu'il importe, les impôts qu'il paye etc..

Second exemple:

Un cadre travaillant dans une entreprise est « condamné » par ses supérieurs  à suivre un cours sur la gestion du stress. On lui a clairement signalé qu'il avait un problème de gestion du stress.  

1) Moi: individuel/subjectif
Cette perspective va nous renseigner sur la manière dont ce cadre perçoit le stress, comment il lit le monde et perçoit sa vie. Ses pensées vont nous renseigner sur sa « Worldview ». Nous pouvons également étudier la manière dont il perçoit son histoire familiale.

2) Nous: collectif/culturel
Cette perspective nous centre sur l'aspect collectif du stress dans notre culture et dans l'entreprise de notre cadre. Nous pouvons observer comment le stress est vécu dans le psychisme global de ce groupe. Notre cadre n'est plus un élément isolé, mais il s'inscrit alors dans un groupe culturel qui vit le stress d'une manière particulière.

3) Ceci: individuel/objectif
Nous observons maintenant le corps de notre cadre, comme un médecin le ferait. Nous mesurons sa tension artérielle, regardons ses prédispositions à un trouble cardiaque, nous l'envoyons faire une polysomnographie et nous essayons d'objectiver ses plaintes.

4) Ceux-ci: collectif/objectif
Nous observons grâce à cette quatrième perspective les cadres de cette entreprise d'une manière objective: le nombre d'heure de travail, la production d'emails, les statistiques de leur rentabilité.

Ainsi donc, notre cadre peut bien aller faire un cours sur la gestion du stress (« Moi, individuel/subjectif »), mais il se peut qu'une grande partie du problème se trouve dans la culture de l'entreprise (« Nous, collectif/subjectif) ou dans le corps de notre cadre (« Ceci, individuel/objectif ») ou dans la réalité économique de l'entreprise (« Ceux-ci, collectif/ objectif »)

Synthèse

A travers ces exemples nous voyons qu'un phénomène donné, tel qu'une entreprise ou un être humain, peut être perçu de quatre différentes manières ou perspectives. Chacune de ces perspectives nous apportent des informations importantes et auncune ne peut, finalement, dire posséder la connaissance complète du phénomène observé. C'est bien la mise en lien, dans un système de complexité à quatre entrées, qui nous apportera le plus d'informations.

Il n'est pas rare d'assister à des dialogues « chauds » lors de conférences ou plusieurs « speakers » se partagent le temps de parole. Ces dialogues se heurtent souvent à un problème de perspective, chacun parlant depuis son quadrant de prédilection.

La mise en lien des êtres humains et le réseautage nous offrent un potentiel immense de « cross-pollinisation ». Mais il nous faut une carte pour organiser nos connaissances afin de créer des synérgies et des systèmes complexes, mais pas compliqués.


 

© 2008-2012 Copyright Patrick Hertzschuch
Vous pouvez librement copier ou utiliser ce texte, mais vous devez citer son auteur ou mettre un lien avec findyounow.ch



 

 
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